Orzian, engrenages et arcanes

Une terre déchirée entre les progrès de la science et les mystères de la magie. Un continent où coexistent de nombreux peuples, disputé depuis toujours par quatre grandes nations. Mais l'arrivée des deux empires rivaux pourrait perturber cet équilibre.
 

Aux racines de l'exotisme [feat. Araki]
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MessageSujet: Aux racines de l'exotisme [feat. Araki] Sam 6 Oct - 21:41



Quatrième de Februarius, année 2000 de l'Âge d'Acier – 19H30
Grand amphithéâtre de l'Université d'Argent

Feat. Araki Yukinaga



Premier élément.



« Que ceux-là se souviennent de notre histoire. »

« Et que ceux qui se flattent de nos désespérances en tenant boutique de nos désarrois face aux sources perdues, ceux qui s'agitent et s'enivrent aux vapeurs faciles de l'idée d'un déclin, ceux qui conspuent nos universités et nos écoles au nom des illusions mates qu'ils s'en font, tous ceux qui, finalement, répugnent à l'existence même de notre intelligence collective, bien au-delà des considérations nationales, que ceux-là se souviennent de notre histoire. Car elle est pour beaucoup dans la compréhension d'aujourd'hui, ressource d'énergie, de consolation et de mobilisation pour un monde meilleur.

Mesdames, Messieurs, mes amis. J'ai la chance d'avoir connu l'enseignement prodigieux d'Ikhyld et d'en dispenser les fruits à Akkaton. L'aventure de la connaissance m'a guidée entre deux nations et elles étaient les bras de mon savoir. Je me tiens devant vous comme je me tenais devant les espaces de nos pays. Je lisais l'histoire d'Akkaton et d'Ikhyld, parmi tous les traités d'histoire qui m'étaient disponibles. J'en ai des souvenirs ravis, car l'Histoire est une douce compagne qui refusait la solitude.

J'enseigne l'Histoire, parce qu'elle est prodige et amusement.

J'enseigne l'Histoire, parce qu'elle est un art de la pensée, qui nous guide chaque jour.

J'enseigne l'Histoire, car je veux la garder près de moi, quand les mémoires tendent à se disperser dans l'oubli.

J'enseigne l'Histoire, car elle est des temps heureux et des tombeaux de l'âme. Elle est le reliquat de ceux qui sont partis.

Je ne prétends pas être la prophétesse de notre discipline, mais face au chaos qu'elle affronte, avec elle, je tente, je brave et je persiste. Je sais qu'il y a quelque chose à tenter. Comment pouvons-nous croire, ne serait-ce qu'un moment, que plus rien ne pourrait survenir à l'horizon ?

De ce qui surviendra, nous n'en avons guère la connaissance. Mais il faut que nous soyons prêts à l'accueillir et à le percevoir. Avec calme, hauteur, diversité et liberté. L'amour dans la main gauche. L'Histoire dans la main droite.

Je vous remercie.
»

Ainsi, je concluais mon passage dans l'amphithéâtre de l'Académie d'Argent, où j'eus le plaisir d'être invitée par le recteur de l'établissement dans le cadre d'un séminaire « Pour une Histoire Globale ». C'était pour moi une grande joie que de pouvoir présenter ma discipline et mes recherches en ce haut lieu d'éducation qui m'était si cher, pour toutes ces années que j'eus passées en son sein. Dans la trombe d'applaudissements enjoués – fussent par ma prestation ou par politesse –, mes yeux étaient fixés sur Lia, ma douce amie, qui avait évidemment réservé une place du premier rang pour assister à mon intervention. Mon regard était fixé dans ses yeux et je lui souriais avec la sincérité de l'émotion présente. Il était convenu que Céréalis, mon maître, devait se tenir à sa droite, mais il dut rester à Akkaton, indisposé par une maladie qu'il avait contractée, je ne savais où.

J'avais tenté le pari risqué de la conciliation, à travers la connaissance, chose qui n'était pas forcément du goût de tous. Qu'importait leur réaction, c'était là l'idéal par lequel je vivais et je ne comptais pas me taire. Néanmoins, l'assemblée fut assez compréhensive et une fois l'ovation finie, je répondis aux questions qu'on me posait, à quelques pas de l'estrade, tandis que la majorité du public partait dîner dans un restaurant alentour ; les conférences étaient closes pour la journée et ne reprendraient que le lendemain. Lia me glissa doucement qu'elle avait des affaires à finir et qu'elle rentrerait plus tôt à notre appartement. Elle eut un sourire malicieux et j'étais persuadée qu'elle avait encore préparé une surprise qui allait plus ou moins m'étonner.

L'amphithéâtre finalement déserté par les pauvres hères qui se pressaient pour éviter le froid rugueux de ce début de Februarius, je me pressai de ranger mes affaires. Je fourrais avec grand empressement – tout du moins avec le plus d'empressement que mes mains raidies par la froideur vespérale me le permettaient – mes affaires dans ma sacoche. Je ne prenais guère la peine de ranger mes notes convenablement, pensant plutôt à rentrer chez Lia qui avait eu bien raison de s'éclipser en avance. Je soupirai de ce soupir las d'une femme qui ne souhaitait qu'être dans un foyer chaud, enroulée dans des draps. Je finissais de placer ma trousse dans sa sacoche, quand je relevais la tête : je lâchais un « Ah ! » de surprise, quand je vis que je n'étais pas seule, en réalité, car quelqu'un était juste devant moi.

J'étais comme une fillette que l'on venait de prendre en train de faire une bêtise.

Et fallait-il en plus que la personne qui m'observait depuis tout à l'heure fut cette figure kitsune bien connue de tous les académiciens, le Ministre de l'Éducation lui-même ?



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MessageSujet: Re: Aux racines de l'exotisme [feat. Araki] Dim 14 Oct - 1:00
Même s'il était en partie connu pour son côté malicieux et parfois farceur, Araki n'en prenait pas moins son travail au sérieux. C'était vrai du temps où il était espion, cela l'était encore quand il était devenu professeur, et bien entendu cela l'était toujours maintenant qu'il était responsable de l'éducation Ikhyldienne. Il avait notamment à cœur de superviser les différents programmes – pas de les rédiger lui-même ceci dit, il fallait rester raisonnable – et, peut-être surtout, de stimuler la vie académique et intellectuel de l'Empire en ne ratant aucune occasion d'organiser des échanges, notamment lors de divers colloques et autres séminaires. De ce point de vue, Orzian était un coin du monde privilégié, puisqu'il servait de point de contact entre Ikhyld et Akkaton, sans parler des autres civilisations présentes sur le continent.

Cette proximité était d'ailleurs exploitée ce jour-là, puisque l'intervenante du jour au dernier séminaire mis sur pied par le facétieux ministre de l'éducation et sa solide – et extrêmement patiente – équipe était un magnifique exemple de ce que pouvaient donner les cultures des deux grands empires de ce monde quand elles venaient à s'entrecroiser, de ce qu'Araki avait compris. Dans tous les cas, elle parlait bien, et l'Arcane, perdu dans la foule, l'écoutait avec attention. Enfin l'Arcane... il aurait fallu être fort pour deviner qu'il était un Arcane, puisqu'il avait prit la forme d'une jeune et jolie Kitsune aux grands yeux verts pleins de curiosité, qui ressemblait à une étudiante attentive. Il aimait bien changer de forme pour passer incognito, éviter qu'on vienne le déranger en pleine écoute, et, pour les conférenciers qui l'auraient reconnu de vue facilement, pour éviter que sa présence ne change la teneur des présentations de quelque façon que ce soit.

La belle damoiselle – le fait que ce soit une belle damoiselle jouait certainement sur l'appréciation que lui portait Araki, mais n'était pourtant certes pas le point principal – termina finalement son intervention sur un appel à la connaissance du passer et à l'ouverture pour l'avenir, avant d'être applaudie par une bonne partie du publique, dont l'ancien espion sous sa forme d'emprunt. Suivirent quelques questions, puis l'auditoire commença rapidement à désemplir, comme souvent avec le publique académique, toujours assoiffé de savoir, mais également friand de pauses, et affamé des repas servis après les conférences, aussi. Araki, lui, s'attarda dans la salle, et, alors qu'elle était presque vide, repris fluidement sa forme naturel en s'approchant de la conférencière.

Celle-ci était en train de ranger rapidement ses affaires, visiblement avec une certaine hâte, pressée sans doute elle aussi d'aller profiter de la cantine, ou peut-être tout simplement de rentrer chez elle. Il s'approcha doucement, sans chercher à se cacher, mais sans s'annoncer non plus, de son pas souple d'ancien espion, et de fait la damoiselle ne sembla le remarquer qu'au dernier moment, se retournant vers lui avec une petite exclamation de surprise. Elle ressemblait en cet instant presque à une jeune fille prise en faute, comme honteuse de sa hâte à partir, et Araki rendit à son expression surprise un gentil sourire, qui éclaira son beau visage.

« Bonjour à vous, gente dame. C'était une intervention des plus intéressantes que vous nous avez livré, je dois dire. Je suis heureux de voir que le mariage de savoir entre Ikhyld et Akkaton peut donner de si sages fruits. »

La voix de l'Arcane était douce, et pour une fois guère moqueuse, même si elle gardait ce petit accent joyeux qui le caractérisait souvent. Ses quatre queues s'agitaient d'ailleurs doucement dans son dos, alors qu'il s'inclinait légèrement devant la belle.

« Mais je manque à tous mes devoirs de politesses. Je me présente, je suis Araki Yukinaga, superviseur de ce séminaire, entre autres petites choses ! J'espère qu'en venant vous voir, je ne vous dérange pas trop ? »
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MessageSujet: Re: Aux racines de l'exotisme [feat. Araki] Ven 19 Oct - 23:44



Quatrième de Februarius, année 2000 de l'Âge d'Acier – 20H
Grand amphithéâtre de l'Université d'Argent

Feat. Araki Yukinaga



Second élément.



« Cette question un peu étrange fut la cause
d'une belle soirée, car elle apporta des réponses
qui changèrent la vision que j'avais du monde. »

Il y eut une chose que je retins des histoires fanfaronnes de mon père, parmi toutes celles qu'il avait l'habitude de conter. C'était la figure qu'il appelait l'Empereur de l'Espace. Il aurait été doué d'immortalité grâce à l'absorption d'une eau de jouvence et aurait eu la capacité d'altérer sa perception du temps, c'est-à-dire que le temps s'écoulât comme au ralenti, pour lui. Ce personnage revenait souvent et il semblait d'une sagacité suprême, quoi qu'il fût malveillant dans les histoires de mon père. Pour lui, les kith (j'entends par ce terme les espèces mortelles qui peuplent notre monde) ne seraient que d'imparfaites créatures, mues uniquement par des défauts. Ainsi, nous étions pour cet Empereur de l'Espace ce que sont des fourmis pour nous.

Cette anecdote est, je le crois, aux racines de l'exotisme. On cherche dans cet ailleurs incompréhensible, dans ce lointain imaginaire, du nouveau. Ce furent les pensées rapides qui me traversèrent l'esprit, lorsque le Ministre Yukinaga souligna mon éducation mixte. Mes yeux avaient été pris, dans ma réflexion, d'un voile gris qui disparut soudainement, une fois ma conscience reprise.

« J'espère être aussi digne de l'enseignement de l'Université d'Argent que celle où j'enseigne, Monsieur, répondis-je avec un tendre sourire. Bonsoir, continuai-je, je suis heureuse de savoir que mon passage vous a intéressé. »

Mon aîné était un kitsune au regard perçant, mais joueur. Il semblait connaître une perpétuelle joie à arpenter les couloirs de l'Université d'aussi loin que je me souvinsse. De mes années à Ikhyld, j'en gardais précieusement dans mon esprit les douceurs de Lia, la splendeur des bibliothèques et les rumeurs des facéties d'Araki Yukinaga. On disait qu'il faisait naître sans peine les rires perlés chez les jeunes femmes, par des mots plaisants et farceurs et qu'il avait été l'auteur d'interpellations joyeuses dans quelques soirées, où les invités se regroupaient autour de lui, des coupes pleines de vin pétillant et doré, à rire la nuit durant.

Plus personnellement, M. Yukinaga était celui qui avait accepté mon dossier, lors de ma préparation aux concours, il y avait quelques années. Je ne savais pas s'il avait pris part directement à cette affaire, mais l'image de son tampon et de sa signature avait longtemps brûlé dans son esprit comme étant la marque de reconnaissance suprême à mes travaux. Il fallait dire qu'Ikhyld était autrement plus renommée dans les humanités qu'Akkaton (non pas que je veuille forcément pousser la compétition entre les deux) et ce fut une grande joie que d'avoir été acceptée. Aussi, le lecteur ne sera guère étonné de savoir que, sous mes fards, je rougissais maladroitement en face du Ministre.

« Oh, je vous remercie de m'avoir invitée ici ! fis-je d'une voix un peu tremblotante au départ. Je pense que vous savez qui je suis, mais je suis vraiment honorée de pouvoir vous rencontrer pour de vrai ! » Je me maudissais de mon emportement qui me faisait vraiment apparaître comme une jeune adolescente à qui l'on avait adressée une romance, mais j'étais, sur le moment, dans un état de quasi-euphorie. « Eh bien, non, pas du tout, mentis-je sans même m'en rendre compte. Je m'apprêtais à rentrer, mais je n'ai pas grand projet pour la soirée et je ne suis pas particulièrement pressée... »

Je cherchais par quoi continuer, mais il y eut un silence pendant quelques instants, qui me parurent durer une éternité. Araki Yukinaga me regardait avec un air accommodant et je me trouvais sans voix, la bouche à demi-ouverte, essayant de former quelques mots. Je déglutis.

« Et sinon... qu'est-ce que l'exotisme, pour vous ? »

Mon triste cerveau n'avait pas pu chercher plus loin que les pensées d'il y avait quelques secondes et cette question – qui n'avait rien à faire à ce moment-là de la discussion – avait surgi. Un malaise s'empara de mon corps tout entier : je serrais mes lèvres et pinçais le bout de mon nez avec mon pouce et mon index, en cachant tant bien que mal un rire nerveux de gêne.

Je me sentais bien bête, mais cette question un peu étrange fut la cause d'une belle soirée, car elle apporta des réponses qui changèrent la vision que j'avais du monde.



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MessageSujet: Re: Aux racines de l'exotisme [feat. Araki]
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