Orzian, engrenages et arcanes

Une terre déchirée entre les progrès de la science et les mystères de la magie. Un continent où coexistent de nombreux peuples, disputé depuis toujours par quatre grandes nations. Mais l'arrivée des deux empires rivaux pourrait perturber cet équilibre.
 

Aux racines de l'exotisme [feat. Araki]
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MessageSujet: Aux racines de l'exotisme [feat. Araki] Sam 6 Oct - 21:41



Quatrième de Februarius, année 2000 de l'Âge d'Acier – 19H30
Grand amphithéâtre de l'Université d'Argent

Feat. Araki Yukinaga



Premier élément.



« Que ceux-là se souviennent de notre histoire. »

« Et que ceux qui se flattent de nos désespérances en tenant boutique de nos désarrois face aux sources perdues, ceux qui s'agitent et s'enivrent aux vapeurs faciles de l'idée d'un déclin, ceux qui conspuent nos universités et nos écoles au nom des illusions mates qu'ils s'en font, tous ceux qui, finalement, répugnent à l'existence même de notre intelligence collective, bien au-delà des considérations nationales, que ceux-là se souviennent de notre histoire. Car elle est pour beaucoup dans la compréhension d'aujourd'hui, ressource d'énergie, de consolation et de mobilisation pour un monde meilleur.

Mesdames, Messieurs, mes amis. J'ai la chance d'avoir connu l'enseignement prodigieux d'Ikhyld et d'en dispenser les fruits à Akkaton. L'aventure de la connaissance m'a guidée entre deux nations et elles étaient les bras de mon savoir. Je me tiens devant vous comme je me tenais devant les espaces de nos pays. Je lisais l'histoire d'Akkaton et d'Ikhyld, parmi tous les traités d'histoire qui m'étaient disponibles. J'en ai des souvenirs ravis, car l'Histoire est une douce compagne qui refusait la solitude.

J'enseigne l'Histoire, parce qu'elle est prodige et amusement.

J'enseigne l'Histoire, parce qu'elle est un art de la pensée, qui nous guide chaque jour.

J'enseigne l'Histoire, car je veux la garder près de moi, quand les mémoires tendent à se disperser dans l'oubli.

J'enseigne l'Histoire, car elle est des temps heureux et des tombeaux de l'âme. Elle est le reliquat de ceux qui sont partis.

Je ne prétends pas être la prophétesse de notre discipline, mais face au chaos qu'elle affronte, avec elle, je tente, je brave et je persiste. Je sais qu'il y a quelque chose à tenter. Comment pouvons-nous croire, ne serait-ce qu'un moment, que plus rien ne pourrait survenir à l'horizon ?

De ce qui surviendra, nous n'en avons guère la connaissance. Mais il faut que nous soyons prêts à l'accueillir et à le percevoir. Avec calme, hauteur, diversité et liberté. L'amour dans la main gauche. L'Histoire dans la main droite.

Je vous remercie.
»

Ainsi, je concluais mon passage dans l'amphithéâtre de l'Académie d'Argent, où j'eus le plaisir d'être invitée par le recteur de l'établissement dans le cadre d'un séminaire « Pour une Histoire Globale ». C'était pour moi une grande joie que de pouvoir présenter ma discipline et mes recherches en ce haut lieu d'éducation qui m'était si cher, pour toutes ces années que j'eus passées en son sein. Dans la trombe d'applaudissements enjoués – fussent par ma prestation ou par politesse –, mes yeux étaient fixés sur Lia, ma douce amie, qui avait évidemment réservé une place du premier rang pour assister à mon intervention. Mon regard était fixé dans ses yeux et je lui souriais avec la sincérité de l'émotion présente. Il était convenu que Céréalis, mon maître, devait se tenir à sa droite, mais il dut rester à Akkaton, indisposé par une maladie qu'il avait contractée, je ne savais où.

J'avais tenté le pari risqué de la conciliation, à travers la connaissance, chose qui n'était pas forcément du goût de tous. Qu'importait leur réaction, c'était là l'idéal par lequel je vivais et je ne comptais pas me taire. Néanmoins, l'assemblée fut assez compréhensive et une fois l'ovation finie, je répondis aux questions qu'on me posait, à quelques pas de l'estrade, tandis que la majorité du public partait dîner dans un restaurant alentour ; les conférences étaient closes pour la journée et ne reprendraient que le lendemain. Lia me glissa doucement qu'elle avait des affaires à finir et qu'elle rentrerait plus tôt à notre appartement. Elle eut un sourire malicieux et j'étais persuadée qu'elle avait encore préparé une surprise qui allait plus ou moins m'étonner.

L'amphithéâtre finalement déserté par les pauvres hères qui se pressaient pour éviter le froid rugueux de ce début de Februarius, je me pressai de ranger mes affaires. Je fourrais avec grand empressement – tout du moins avec le plus d'empressement que mes mains raidies par la froideur vespérale me le permettaient – mes affaires dans ma sacoche. Je ne prenais guère la peine de ranger mes notes convenablement, pensant plutôt à rentrer chez Lia qui avait eu bien raison de s'éclipser en avance. Je soupirai de ce soupir las d'une femme qui ne souhaitait qu'être dans un foyer chaud, enroulée dans des draps. Je finissais de placer ma trousse dans sa sacoche, quand je relevais la tête : je lâchais un « Ah ! » de surprise, quand je vis que je n'étais pas seule, en réalité, car quelqu'un était juste devant moi.

J'étais comme une fillette que l'on venait de prendre en train de faire une bêtise.

Et fallait-il en plus que la personne qui m'observait depuis tout à l'heure fut cette figure kitsune bien connue de tous les académiciens, le Ministre de l'Éducation lui-même ?



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MessageSujet: Re: Aux racines de l'exotisme [feat. Araki] Dim 14 Oct - 1:00
Même s'il était en partie connu pour son côté malicieux et parfois farceur, Araki n'en prenait pas moins son travail au sérieux. C'était vrai du temps où il était espion, cela l'était encore quand il était devenu professeur, et bien entendu cela l'était toujours maintenant qu'il était responsable de l'éducation Ikhyldienne. Il avait notamment à cœur de superviser les différents programmes – pas de les rédiger lui-même ceci dit, il fallait rester raisonnable – et, peut-être surtout, de stimuler la vie académique et intellectuel de l'Empire en ne ratant aucune occasion d'organiser des échanges, notamment lors de divers colloques et autres séminaires. De ce point de vue, Orzian était un coin du monde privilégié, puisqu'il servait de point de contact entre Ikhyld et Akkaton, sans parler des autres civilisations présentes sur le continent.

Cette proximité était d'ailleurs exploitée ce jour-là, puisque l'intervenante du jour au dernier séminaire mis sur pied par le facétieux ministre de l'éducation et sa solide – et extrêmement patiente – équipe était un magnifique exemple de ce que pouvaient donner les cultures des deux grands empires de ce monde quand elles venaient à s'entrecroiser, de ce qu'Araki avait compris. Dans tous les cas, elle parlait bien, et l'Arcane, perdu dans la foule, l'écoutait avec attention. Enfin l'Arcane... il aurait fallu être fort pour deviner qu'il était un Arcane, puisqu'il avait prit la forme d'une jeune et jolie Kitsune aux grands yeux verts pleins de curiosité, qui ressemblait à une étudiante attentive. Il aimait bien changer de forme pour passer incognito, éviter qu'on vienne le déranger en pleine écoute, et, pour les conférenciers qui l'auraient reconnu de vue facilement, pour éviter que sa présence ne change la teneur des présentations de quelque façon que ce soit.

La belle damoiselle – le fait que ce soit une belle damoiselle jouait certainement sur l'appréciation que lui portait Araki, mais n'était pourtant certes pas le point principal – termina finalement son intervention sur un appel à la connaissance du passer et à l'ouverture pour l'avenir, avant d'être applaudie par une bonne partie du publique, dont l'ancien espion sous sa forme d'emprunt. Suivirent quelques questions, puis l'auditoire commença rapidement à désemplir, comme souvent avec le publique académique, toujours assoiffé de savoir, mais également friand de pauses, et affamé des repas servis après les conférences, aussi. Araki, lui, s'attarda dans la salle, et, alors qu'elle était presque vide, repris fluidement sa forme naturel en s'approchant de la conférencière.

Celle-ci était en train de ranger rapidement ses affaires, visiblement avec une certaine hâte, pressée sans doute elle aussi d'aller profiter de la cantine, ou peut-être tout simplement de rentrer chez elle. Il s'approcha doucement, sans chercher à se cacher, mais sans s'annoncer non plus, de son pas souple d'ancien espion, et de fait la damoiselle ne sembla le remarquer qu'au dernier moment, se retournant vers lui avec une petite exclamation de surprise. Elle ressemblait en cet instant presque à une jeune fille prise en faute, comme honteuse de sa hâte à partir, et Araki rendit à son expression surprise un gentil sourire, qui éclaira son beau visage.

« Bonjour à vous, gente dame. C'était une intervention des plus intéressantes que vous nous avez livré, je dois dire. Je suis heureux de voir que le mariage de savoir entre Ikhyld et Akkaton peut donner de si sages fruits. »

La voix de l'Arcane était douce, et pour une fois guère moqueuse, même si elle gardait ce petit accent joyeux qui le caractérisait souvent. Ses quatre queues s'agitaient d'ailleurs doucement dans son dos, alors qu'il s'inclinait légèrement devant la belle.

« Mais je manque à tous mes devoirs de politesses. Je me présente, je suis Araki Yukinaga, superviseur de ce séminaire, entre autres petites choses ! J'espère qu'en venant vous voir, je ne vous dérange pas trop ? »
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MessageSujet: Re: Aux racines de l'exotisme [feat. Araki] Ven 19 Oct - 23:44



Quatrième de Februarius, année 2000 de l'Âge d'Acier – 20H
Grand amphithéâtre de l'Université d'Argent

Feat. Araki Yukinaga



Second élément.



« Cette question un peu étrange fut la cause
d'une belle soirée, car elle apporta des réponses
qui changèrent la vision que j'avais du monde. »

Il y eut une chose que je retins des histoires fanfaronnes de mon père, parmi toutes celles qu'il avait l'habitude de conter. C'était la figure qu'il appelait l'Empereur de l'Espace. Il aurait été doué d'immortalité grâce à l'absorption d'une eau de jouvence et aurait eu la capacité d'altérer sa perception du temps, c'est-à-dire que le temps s'écoulât comme au ralenti, pour lui. Ce personnage revenait souvent et il semblait d'une sagacité suprême, quoi qu'il fût malveillant dans les histoires de mon père. Pour lui, les kith (j'entends par ce terme les espèces mortelles qui peuplent notre monde) ne seraient que d'imparfaites créatures, mues uniquement par des défauts. Ainsi, nous étions pour cet Empereur de l'Espace ce que sont des fourmis pour nous.

Cette anecdote est, je le crois, aux racines de l'exotisme. On cherche dans cet ailleurs incompréhensible, dans ce lointain imaginaire, du nouveau. Ce furent les pensées rapides qui me traversèrent l'esprit, lorsque le Ministre Yukinaga souligna mon éducation mixte. Mes yeux avaient été pris, dans ma réflexion, d'un voile gris qui disparut soudainement, une fois ma conscience reprise.

« J'espère être aussi digne de l'enseignement de l'Université d'Argent que celle où j'enseigne, Monsieur, répondis-je avec un tendre sourire. Bonsoir, continuai-je, je suis heureuse de savoir que mon passage vous a intéressé. »

Mon aîné était un kitsune au regard perçant, mais joueur. Il semblait connaître une perpétuelle joie à arpenter les couloirs de l'Université d'aussi loin que je me souvinsse. De mes années à Ikhyld, j'en gardais précieusement dans mon esprit les douceurs de Lia, la splendeur des bibliothèques et les rumeurs des facéties d'Araki Yukinaga. On disait qu'il faisait naître sans peine les rires perlés chez les jeunes femmes, par des mots plaisants et farceurs et qu'il avait été l'auteur d'interpellations joyeuses dans quelques soirées, où les invités se regroupaient autour de lui, des coupes pleines de vin pétillant et doré, à rire la nuit durant.

Plus personnellement, M. Yukinaga était celui qui avait accepté mon dossier, lors de ma préparation aux concours, il y avait quelques années. Je ne savais pas s'il avait pris part directement à cette affaire, mais l'image de son tampon et de sa signature avait longtemps brûlé dans son esprit comme étant la marque de reconnaissance suprême à mes travaux. Il fallait dire qu'Ikhyld était autrement plus renommée dans les humanités qu'Akkaton (non pas que je veuille forcément pousser la compétition entre les deux) et ce fut une grande joie que d'avoir été acceptée. Aussi, le lecteur ne sera guère étonné de savoir que, sous mes fards, je rougissais maladroitement en face du Ministre.

« Oh, je vous remercie de m'avoir invitée ici ! fis-je d'une voix un peu tremblotante au départ. Je pense que vous savez qui je suis, mais je suis vraiment honorée de pouvoir vous rencontrer pour de vrai ! » Je me maudissais de mon emportement qui me faisait vraiment apparaître comme une jeune adolescente à qui l'on avait adressée une romance, mais j'étais, sur le moment, dans un état de quasi-euphorie. « Eh bien, non, pas du tout, mentis-je sans même m'en rendre compte. Je m'apprêtais à rentrer, mais je n'ai pas grand projet pour la soirée et je ne suis pas particulièrement pressée... »

Je cherchais par quoi continuer, mais il y eut un silence pendant quelques instants, qui me parurent durer une éternité. Araki Yukinaga me regardait avec un air accommodant et je me trouvais sans voix, la bouche à demi-ouverte, essayant de former quelques mots. Je déglutis.

« Et sinon... qu'est-ce que l'exotisme, pour vous ? »

Mon triste cerveau n'avait pas pu chercher plus loin que les pensées d'il y avait quelques secondes et cette question – qui n'avait rien à faire à ce moment-là de la discussion – avait surgi. Un malaise s'empara de mon corps tout entier : je serrais mes lèvres et pinçais le bout de mon nez avec mon pouce et mon index, en cachant tant bien que mal un rire nerveux de gêne.

Je me sentais bien bête, mais cette question un peu étrange fut la cause d'une belle soirée, car elle apporta des réponses qui changèrent la vision que j'avais du monde.



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MessageSujet: Re: Aux racines de l'exotisme [feat. Araki] Dim 2 Déc - 15:12
La damoiselle semblait en effet quelque peu surprise et désarçonnée face à Araki, mais il fallait avouer que de toute façon le farceur Arcane était coutumier de cette expression, qu'il faisait d'ailleurs souvent surgir bien plus volontairement que dans ce cas ! Quoiqu'il en soit, la jeune femme ne tarda pas à surmonter cette éventuelle surprise pour répondre à Araki, qui s'inclina légèrement à l'Ikhyldienne quand la jeune femme lui rendit son salut, affichant un sourire à la fois doux et rassurant en réponse à celui de l'universitaire. Après tout, son but n'était pas de l'effrayer... après tout, si tel avait été le cas, il s'y serait sûrement pris très différemment, c'était une évidence.

Peut-être encouragée par ledit sourire, ou peut-être pas, difficile à dire, la conférencière repris d'une voix qui tremblait un peu, mais contenant également une certaine dose de joie, d'une manière d'ailleurs d'une façon assez innocente, rappelant celle d'une jeune étudiante qui aurait rencontré un célèbre professeur... une aura qu'Araki n'aurait pas pensé posséder au près d'une jeune femme aussi intelligente et cultivée, mais qui était toujours flatteuse ! Le Kitsune hocha la tête quand elle lui demanda s'il savait qui elle était – tout de même, cela aurait été bien culotté de venir la trouver après une de ses conférences sans savoir à qui il avait affaire ! – mais la laissa poursuivre sans répondre pour ne pas la couper. Alors qu'elle semblait avoir fini, il ne reprit d'ailleurs pas tout de suite, sentant qu'elle semblait avoir encore quelque chose à dire... et en fut récompensé par une question toute différente, inattendue en un sens, bien qu'elle rebondisse aussi sur les questionnements de la conférence du jour.

Araki resta un instant surpris devant ladite question, alors que la damoiselle semblait réprimer un petit rire nerveux. En réponse, il lui adressa un sourire rassurant tout en répondant assez impulsivement, sans vraiment y réfléchir.

« Hmmm... l'exotisme, hein ? C'est une vaste question... quant on a voyagé aussi souvent et aussi loin que moi, j'avoue que c'est une notion assez floue. L'exotique c'est par définition ce qui est différent, ce qui vient de loin, ce qui nous donne le goût de l'étranger... l'exotisme des uns et la normalité des autres ! Je ne doute pas que lors de votre première arrivée dans nos murs, la Province Ikhyldienne a dû vous paraître bien exotique, typiquement ikhyldienne... et pourtant elle est déjà assez différente d'Ikhyld même pour donner un sentiment d'exotisme aux ikhyldiens orientaux !

Personnellement, je dirais que pour moi ce qui est exotique c'est ce qui me procure ce petit frison d'inconnu, ce sentiment de découverte, cette impression d'ailleurs qu'on ne peut décrire, justement, que comme exotique... hélas, pour moi en tous cas, c'est une impression qui s'estompe facilement, ce qui me la rend aujourd'hui hélas bien rare, mais qui m'a tout de même conduite aux quatre coins de plusieurs continents à sa poursuite ! Qui sait, peut être un jour franchirais-je le pas pour explorer aussi tous les continents de votre Empire natal... mais il me faudrait plus de temps libre pour cela ! »


Le Kitsune eut un petit rire amusé en finissant cette réponse, car en effet l'étendue des continents akkatoniens qu'il n'avait pas encore vraiment visité égalait la surface qu'il connaissait déjà... et qu'en temps que ministre il n'avait guère le temps d'en faire plus. Finissant de rire, le jeune homme – enfin, jeune, s'était un point de vue, mais il ne se considérait pas lui-même comme « vieux » - eut une petite grimace en réalisant quelque chose.

« Mais excusez-moi, je m’aperçois que je parle beaucoup ! C'est que votre question était des plus intéressante... et puis je suis un ancien professeur, j'adore donc m'écouter parler ! »

Il revint à un petit sourire malicieux qui semblait lui venir des plus naturellement, et donnait un certain charme à son doux visage à la beauté propre aux Kitsunes.

« Sinon, pour vous rassurer, je sais bien entendu qui est l'une de nos plus brillantes conférencières, mademoiselle Alyster ! Et si je suis ravi de vous honorer, sachez que, à en juger par votre discours, c'est un honneur que vous méritez plus que largement. »

Après tout, il ne considérait pas faire une faveur particulière à la belle damoiselle en s'entretenant avec elle, vu l'intelligence aiguisée dont elle semblait être dotée... que du contraire, il était très heureux de pouvoir discuter avec une si brillante damoiselle. Repensant à ses paroles, une dernière idée lui vint donc.

« D'ailleurs, si vous n'avez aucun projet en vue, et n'êtes pressé de rien... oserais-je vous inviter à dîner pour prolonger cette conversation ? J'avoue que je serai très heureux de pouvoir discuter avec vous plus en avant, finit-il avec son plus charmant sourire.[/b]
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MessageSujet: Re: Aux racines de l'exotisme [feat. Araki] Jeu 6 Déc - 15:43



Quatrième de Februarius, année 2000 de l'Âge d'Acier – 20H
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Feat. Araki Yukinaga



Troisième élément.



« J'avais laissé mon parfum qui hanterait les lieux pendant
quelques minutes encore, avant de s'estomper comme les mots
des orateurs qui s'écrasent contre les murs et s'y perdent à jamais. »

Douces sont les nuits qu'on passe au foyer. Plus douces encore sont les soirées passées à observer le monde. Mais rien n'est plus doux que de passer du temps auprès de son protecteur, en levant le regard la multitude de savoirs qu'il propose. Ô esprit implacable, ô cœur battant, quelle fut cette joie que je ressentais au plus profond de mon être ?

Je restais accrochée aux mots du Ministre, avec un air visiblement délicieusement intéressée. Mon corps était nourri par l'exaltation et mon esprit par la satisfaction de la curiosité : beaucoup sont les grands qui ont besoin de se satisfaire par des statues dorées, des maisons d'argent et de pierreries, des chambres lambrissés décorées de pampre ; il me suffisait néanmoins de m'abreuver à la source. Pour moi, les trésors n'étaient d'aucun secours, ni pour mon corps, ni pour mon esprit. Ce sont les rayons de la connaissances qui me charment.

Le Ministre au sourire adorable me semblait comme un colosse qui avait voyagé par monts et par vaux. En lui, je sentais un air différent qui seyait aux plus humbles et grands voyageurs. Des souvenirs d'exotisme : des images de chaînes, de plateaux, de rivières, des villages, de villes, de flèches, d'immenses monuments. Araki Yukinaga finit sa réponse en un petit rire, qui me força à sourire également : les humeurs de notre (j'emploie notre, car mon cœur est toujours lié à l'Université d'Argent) Ministre étaient particulièrement contagieuses.

« Oh, ne vous en faites pas, Monsieur, je n'ai pas perdu l'amour d'étudiante qu'il y a à écouter ses professeurs ! répondis-je avec une alacrité singulière et joyeuse qui convenait à celle qui s'admirait. Mais oui, je suis bien d'accord avec vous. Ce qui est exotique disparaît si vite et nous sommes toujours à le chercher au-delà de l'horizon. La province ikhyldienne, néanmoins, a toujours sur moi un charme inexprimable : je m'y sens peut-être mieux que dans ma propre ville ! glissai-je avec un rire cristallin. Peut-être que ce charme est bien différent de l'exotisme ; il y a autant de plaisir en voyageant dans des contrées inconnues qu'à rentrer là où notre cœur nous rappelle. »

J'eus un sourire plus intime. Il était vrai qu'Ikhyld avait des charmes que je ne trouvais pas ailleurs. La vie était un vagabondage sans fin, mais Ikhyld était l'endroit qui m'avait donné une raison d'être – je chéris avec un amour infini le premier jour où je pus mettre les pieds dans la Cité de Jade.

Je rougissais alors au compliment de mon interlocuteur. Le Ministre avait toujours ses belles formules courtisanes, qui étaient bien connues de ceux qui le fréquentaient de plus ou moins loin ! J'essayais de dissimuler ma gêne, une sorte de pudeur de l'âme, en baissant le regard sur mes bottes. Je ne le remarquais pas sur le moment, mais je rougissais comme une cerise : « Oh, vous me flattez ! Je suis encore loin d'être digne des grandes conférences de mes illustres prédécesseurs... » Je frottais mes paumes l'une contre l'autre, collées contre mon bas ventre.

Je n'avais recroisé le regard du Kitsune que lorsqu'il m'invita à dîner. Mes prunelles s'écarquillèrent comme si je fus frappée par une vision extraordinaire. Un torrent de phrases monta droit vers mes lèvres entrouvertes, mais je demeurais coite, désarçonnée. Eh là, comment voulez réagir quand l'impensable se produit ? Déjà perdue, j'étais tourmentée par Araki Yukinaga qui, sans même s'en rendre compte, se jouait de mes émotions et me faisait vivre de trop intenses émotions.

« Euh... J'accepte volontiers. »

Ma voix s'était perdue dans l'immensité de l'amphithéâtre et je contemplais ma situation avec grand peine. La lumière de la lune descendait des soupiraux du plafonds. Je levais mes yeux pour observer la clarté pâle de l'astre nocturne. « Vous savez, Monsieur, il est bien difficile de parler à celui que l'on admire pendant tant de temps, soupirai-je avec dépit. Je suis loin de donner l'impression que j'aurais voulu vous présenter, mais il est de ces choses que je ne peux pas contrôler.

Il m'est, je crois, plus facile de me laisser guider par vos bons soins, qu'en dites-vous ?
demandai-je en regardant maintenant Araki Yukinaga, plus calme et maîtresse de moi-même. »

C'était comme si j'avais repris l'air mystérieux et distant qui me seyait depuis des années, mais dans lequel vivait un soupçon de jeu et de charme. Je commençai à marcher vers la sortie, en regardant le Ministre avec candeur, jusqu'à ce que je l'eus dépassé, le laissant sur place. J'ouvris la grande porte de l'amphithéâtre pour me glisser dans les couloirs de l'Université, juste pour me dérober à la vue du Kitsune (je l'attendais derrière la porte, en vérité ; c'était lui qui était censé me guider : il s'agissait juste une scène que je faisais pour essayer de reprendre contrôle de moi-même). Je m'étais installée sur des bancs qui s'appuyaient sur les murs, en tournant ma tête dans la direction opposée à la porte de l'amphithéâtre.

Par toutes les Muses, c'était vraiment comme si j'étais dans un simili-jeu de séduction, que m'arrivait-il ?

De mon passage dans la salle de conférence, j'avais seulement laissé mon parfum qui hanterait les lieux pendant quelques minutes encore, avant de s'estomper comme les mots des orateurs qui s'écrasent contre les murs et s'y perdent à jamais.



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MessageSujet: Re: Aux racines de l'exotisme [feat. Araki] Ven 7 Déc - 15:32
Visiblement, Araki avait réussi à transmettre une part de sa bonne humeur à la jeune femme, ce qui n'était pas pour lui déplaire. Après tout, il était toujours plus plaisant de voir une damoiselle sourire que pleurer, n'est-ce pas ? Néanmoins, quand il en vint à la complimenter, pourtant sincèrement, sur son discours, il vit naître un certain trouble chez la belle oratrice, qui baissa les yeux en souriant et en protestant de se placer au niveau de ceux qui étaient venus avant elle. Cette modestie participait en soit au charme de la jeune femme, il fallait bien le dire, même si, pour sa part, l'Arcane de l'Éducation ne pensait pas son compliment déplacé, que du contraire : si elle avait peut-être encore de l'expérience à acquérir, elle avait certainement l'intelligence et la passion pour être au niveau, en effet, des plus illustres de ses prédécesseurs.

Alors qu'elle avait encore les yeux baissés, il en vint finalement à son invitation, essayant, avec charme, d'arracher un dîner à la douce damoiselle pour pouvoir poursuivre et approfondir cette conversation qui, bien que naissante, semblait promettre d'être des plus intéressantes, il la vit écarquiller les yeux, semblant gênée à nouveau... il devait bien avouer qu'il ne s'attendait pas à faire cet effet là au près d'une jeune femme si brillante, et qui, durant la conférence, lui avait semblé si sûre d'elle... mais bon, tout le monde avait ses petites fragilités, de temps à autre ! Quoiqu'il en soit, avant qu'il ne puisse ajouter quelque chose en voyant ladite réaction, elle accepta prestement sa demande, ramenant un sourire sur le visage du malicieux Kitsune qui, pour le coup, était sincèrement heureux de cette acceptation.

Éléonore poursuivit ensuite en lui confiant son admiration passée pour lui, ce qui pour le coup fit naître cette fois une mimique de surprise chez l'Arcane, qui ne s'y attendait guère, mais en fut flatté... cela expliquait tout du moins ses réactions. Puis, comme si cet aveux l'avait aidé à se recentrer, l'oratrice se refit plus mystérieuse sur sa dernière réplique avant de sortir d'une façon un peu théâtrale, et avec un soupçon de séduction dans la démarche qui ne déplaisait pas au Kitsune... après tout, il adorait ce genre de petits jeux ! Il ne tarda donc guère à la suivre, marchant sur les traces de son doux parfum, la retrouvant dans le couloir avec un sourire. Il s'inclina devant elle comme un noble occidental, théâtrale lui aussi, en lui tendant une main galante avec un sourire à la fois sincère et malicieux.

« Gente damoiselle Éléonore, je suis marri de vous voir déjà fatiguée... me laisserez vous vous guider vers un lieu où vous pourrez plus confortablement reprendre des forces ? »

Il y avait de la malice dans sa voix, bien sûr, car le jeu faisait partie de sa nature profonde de renard, mais également une certaine séduction dans son ton et son beau regard. Qu'elle accepte ou non sa main pour se redresser, une fois fait il lui sourit.

« Je suis sûr que vous connaissez déjà bien la Cité de Jade, mais j'ose espérer pouvoir vous faire découvrir malgré tout un endroit intéressant ! »

Ne retirant pas sa main, si toutefois elle l'avait saisie, mais lui laissant le soin de le faire ou non lorsqu'elle le jugerait bon, il l'entraîna dans tous les cas dans les couloirs de l'université, peu fréquentés à cette heure. La plupart de ceux qui étaient venus écouter la conférence étaient repartis depuis un moment, entre le temps nécessaire à la jeune femme pour ranger ses affaires et celui de leur discussion, et les cours ordinaires étaient terminés depuis quelques temps. Ils croisèrent parfois quelques élèves qui les saluèrent respectueusement... après tout, on avait souvent tendance à saluer respectivement le Ministre qui pourvoyait à vos dotations scolaires !

« Alors dites-moi, je m'avoue quelque peu curieux, je sais que vous avez fait vos études en Ikhyld et que vous enseignez à présent en Akkaton, mais en-dehors d'occasions académiques comme celles-ci, venez-vous encore parfois dans notre belle contrée ? Ou bien vos responsabilités et vos goûts vous tiennent-ils dans les territoires akkatoniens ? J'avoue que je suis toujours un peu curieux de voir comment s'organisent les personnes qui, comme vous, balancent entre nos deux grandes cultures impériales.

Après tout, n'est-ce pas là tout le charme de ce continent orzanien ? Akkatoniens et Ikhyldiens peuvent s'y croiser chacun chez eux, sans tension directe entre nos deux grands empires ! Je suis d'ailleurs heureux de voir que cette cohabitation pacifique de nos deux états sur ce même continent donne des fruits aussi brillants que vous me semblez l'être, si j'en crois votre parcours autant que votre conférence... une raison de plus, assurément, pour tout faire pour préserver la paix entre nos deux nations... je suis certain que vous en conviendrez ? »


Le Kitsune, visiblement de bonne humeur, entamait ainsi la discussion tout en avançant... après tout, il avait souhaité profiter de sa compagnie avant tout pour sa conversation – même si son charme, reconnaissons-le, ne gâchait rien – alors autant ne pas attendre d'être attablés pour en profiter ! Le temps de sortir de l'Académie et de s'engager dans les rues de la capitale régionale, ils avaient bien le temps, déjà, de commencer à lier connaissance.
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MessageSujet: Re: Aux racines de l'exotisme [feat. Araki] Dim 9 Déc - 21:54



Quatrième de Februarius, année 2000 de l'Âge d'Acier – 20H10
Quartier de l'Université d'Argent

Feat. Araki Yukinaga



Quatrième élément.



« Voilà ce qu'était pour moi, Ikhyld :
un voyage aux racines de l'exotisme intellectuel. »

Les murs du couloirs étaient ornés, entre les colonnes et les fenêtres qui donnaient sur la cour fraîche, de deux rangs superposés d'immenses tableaux en mosaïque. Il était bien étonnant qu'on eut reproduit en pierres la fugacité du pinceau et les vieux tons que seule l'huile savait marquer sur la toile. C'étaient des portraits pour la plupart, mais il y avait quelques paysages à l'aspect romantique et prodigieux. Le tout était riche et divers en style, en finesse, en couleurs et en harmonies. Il m'est toujours difficile d'exprimer l'étonnement et l'admiration que j'ai pour les artistes dont les œuvres sont à jamais encloses dans la mémoire des étudiants qui fréquentent aujourd'hui ce lieu du savoir. J'arrêtai mon regard sur une image qui avait happé mon attention. C'était un tableau qui représentait un elfe dans toute sa physionomie. Il se trouvait de dos et regardait des bateaux partir vers l'horizon, dans le port de je-ne-savais-quelle-ville. La palette était tout à fait excellente : jaunes, bleus, rouges et verts crus s'y mêlaient ensemble, à côté de chairs blanches qui irradiaient de pureté. Les ombres des vaisseaux et de l'elfe étaient si bien représentées, l'on eut cru qu'il s'agissait d'un assemblage de fioles remplies avec diverses liqueurs, tant leur transparence était frappante (d'autant plus pour de la mosaïque).

Ce tableau m'inspira un incroyable sentiment. Je pensais alors que j'étais moi-même cet elfe qui regardait s'éloigner les trois-mats. On aurait pu croire qu'il eut été difficile de déterminer les émotions qui le traversaient, puisqu'il était représenté de dos, mais je pouvais sentir un air de confiance dans sa posture. C'était peut-être le mécène d'une entreprise qui avait demandé de longs mois de préparation. Peut-être un père qui regardait son fils partir. Peut-être un prince qui voyait partir son vaisseau à la guerre. En soi, il pouvait y avoir une infinité de raisons possibles.

Araki Yukinaga s'était glissé hors de l'amphithéâtre, d'un pas leste et généreux. Je ne l'aperçus pas directement, mais pouvais entendre le grincement de la lourde porte de bois. Mon regard ne s'était pas détaché de l'œuvre, mais mon attention était portée sur le Kitsune. Avec le charme qui lui était dû, il me proposa sa main, l'élégant prince joueur de cette cité. Je l'acceptais avec un sourire mesuré. Je m'accrochais donc à son bras gauche : c'était quelque chose de peu coutumier en Akkaton. Seul Céréalis, mon précepteur, m'avait donné le bras, notamment lorsque l'on fêta mes résultats aux concours de l'enseignement. A Ikhyld, néanmoins, c'était chose plus commune, tant l'étiquette était une chose réglée – ce que l'on retrouve également dans la langue elfique et qui est cause de nombreuses prises de tête pour les étudiants.

Le Ministre m'expliquait vouloir m'emmener dans un endroit intéressant : « J'ai pu longuement vivre dans la Cité de Jade, mais les Muses m'en gardent, jamais je n'ai découvert tous ses secrets. Il serait bien impossible de connaître notre chère ville, même après une existence bien remplie ! » Nous marchâmes dans les couloirs que je connaissais si bien. Nous passâmes par un escalier en colimaçon, dont la rampe en bois était toujours aussi brillante que dans mes souvenirs. Je revis les portes, les paliers et les corridors qui m'avaient vu réviser des heures durant. Quelques étudiants dont l'esprit était tardif finissaient de ranger leurs affaires pour rentrer chez eux. Araki Yukinaga les salua avec vigueur ; je me contentais d'un léger sourire et un signe de la tête. « Eh là, j'espère que vous n'êtes point gêné par les ragots que vos chers étudiants retireront de nous avoir vus ensemble », soufflai-je doucement au Ministre, lorsque nous ne fûmes plus écoutés.

Nous continuâmes notre marche, tout en discutant, mais à voix à demie-dissimulée. Ce fut lorsque nous atteignîmes les grandes portes de l'établissement pour aller subir l'air frais que nous haussâmes le ton. Araki Yukinaga me demanda ce que je tirai de mon parcours mixte entre les deux grands empires du continent :

« Vous me flattez encore, Monsieur, répondis-je avec un rire doucement amusé. Vous l'avez bien deviné, mes obligations professionnelles me font rester la plupart du temps en Akkaton : la chaire a ce défaut qu'elle refuse obstinément de rester vide et pragmatique professeur, je l'habite autant que je peux. Néanmoins, j'essaie de garder du temps pour venir en Ikhyld, autant pour le travail que pour le plaisir. Ma plus chère amie habite en cette ville et nous essayons de combler le plus possible la distance qui nous sépare. Je pris un temps pour regarder le ciel ikhyldien qui était taché par des points blancs, comme si un peintre avait jeté de la peinture sur une toile noire, avec des coups de pinceau secs.

Mais pour être honnête avec vous, si ma patrie (j'accentuais ce mot comme pour montrer qu'il ne voulait pas dire grand chose pour moi) est akkatonienne, mon âme est ikhyldienne. Mon précepteur m'a prodigué un enseignement libéral et je pris du meilleur des deux civilisations, mais c'est l'esthétique d'Ikhyld qui s'imposa comme une évidence à mes yeux. Vous devez bien connaître cette mosaïque, près de la salle de conférence... vous savez celle d'Erendriel Qinhana, cet acméiste qui a fait cette scène avec l'elfe qui regarde des bateaux partir : les Muses m'en soient témoins, combien d'heures ai-je passées à l'admirer en attendant de pouvoir assister aux conférences ! m'exclamai-je avec une ferveur toute subite.

C'est pour moi la quintessence de ce que je pense d'Ikhyld. Il y a un côté aventureux, mais qui est nuancé par une teinte de noblesse d'âme. Par une certaine ferveur essentielle et pure. J'ai souvent eu cette impression ici : bien sûr, cela étonne au premier abord, mais c'est une source de richesse incroyable pour l'esprit. Je me sens plus naturellement dans la Cité de Jade dans la Cité d'Airain. Je me sens plus à ma place à Ikhyld qu'en Akkaton. Je marquais une pause. Nous continuâmes à marcher et je suivis mon hôte vers là où il comptait m'emmener. Le pavé résonnait sous mes talons, tandis que ses pas étaient lestes et silencieux. Les lueurs sélènes donnaient au sol une clarté particulière, comme si nous étions dans un rêve. Mais je reste autant Akkatonienne que je me sens Ikhyldienne dans l'âme. Ainsi, la paix me semble la seule issue bénéfique vers laquelle tendre. Infortune à ceux qui souhaitent la guerre. Douce pitié à ceux qui défendent la concorde. L'Histoire nous a montré qu'assez de sang a été versé pour des résultats toujours en-deça du prix humain – en cela que rien ne peut justifier des gallons de sang innocent. »

Nous bordâmes un vieux bras de fleuve où flottait la senteur vespérale des roses. La balade était bonne pour nous deux. Les adolescents jouaient encore dehors, malgré l'obscurité, et jetaient des cailloux dans l'eau en riant. Une vieille femme battait du linge par sa fenêtre, illuminée par des chandelles joyeuses.

« Et vous, monsieur ? On vous connaît bien à travers la Cité de Jade. Vous êtes un incorrigible flatteur, dis-je avec un air particulièrement joueur en tapotant gentiment le bras de mon interlocuteur du bout des ongles, qui réussit toujours à piéger les dames dans des paroles mesurées, je suis là pour en témoigner. Mais vous êtes aussi un docte administrateur dont on reconnaît les vertus par-delà les frontières. Que peut donc bien penser une personne comme vous ? Faut-il préférer la paix à la vérité, quand nous maintenons parfois la concorde par la dissimulation ? »

C'était bien sûr une question piège : la vérité et la paix n'étaient que deux noms différents qui sous-tendaient une même finalité et on ne pouvait les opposer.

Cela faisait quelques minutes que nous marchions dans des ruelles doucement illuminées par les lumières urbaines, jusqu'à l'endroit où Araki Yukinaga comptait me guider. Sans nul doute que nous avions encore un peu de chemin à faire ; suffisamment pour que je tentasse de chercher des avis complexes chez mon très cher interlocuteur. Je retrouvais dans cette activité les meilleurs moments que j'avais passés à Ikhyld, ceux qui m'avaient permis de me questionner et de changer pour le mieux.

Voilà ce qu'était pour moi, Ikhyld : un voyage aux racines de l'exotisme intellectuel.

« Mais bien sûr, vous n'êtes pas obligé de répondre à une telle question, Monsieur », rajoutai-je avec une facétie que je ne cachais pas le moins du monde.



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Aux racines de l'exotisme [feat. Araki]
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