Orzian, engrenages et arcanes

Une terre déchirée entre les progrès de la science et les mystères de la magie. Un continent où coexistent de nombreux peuples, disputé depuis toujours par quatre grandes nations. Mais l'arrivée des deux empires rivaux pourrait perturber cet équilibre.
 

Quelque part, sur une plage isolée...
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MessageSujet: Quelque part, sur une plage isolée... Dim 22 Avr - 19:33
Fin aprilis 2000

La petite plage de galets grisés était bien paisible. Quelques mouettes fouillaient dans les algues rejetées sur ce bord, cherchant de possibles restes d'animaux pour se sustenter. L'aube pointait à peine et annonçait par un magnifique ciel dégagée une belle journée. Pourtant, la nuit avait été mouvementée. Une tempête avait sévi quelques heures le long de la côte. Preuve en était qu'un navire gisait non loin de la plage, au trois quart englouti. Aucun pavillon n'ėtait visible et des survivants possibles, il n' y avait aucune trace. En même temps, sur les côtes duchéennes, ce n'était pas les villages dans les terres.

Ce navire était donc à l'abandon, brisé, attendant que la mer termine la fin de son agonie avec les prochains marées. Et qui sait quelles marchandises restaient encores présentes à l'intérieur de ses flancs.

Un homme observait la plage depuis un bosquet de petits pins maritimes. Le navire ne l'intéressait guère. Il était ici pour une bonne raison : il guettait la venue d'une personne en particulier. A force d'interroger quelques contacts, il avait fini par trouver le soit-disant lieu de rendez vous. L'activité paraissait être illicite, mais ça, il s'en fichait. Car pour répondre à ses propres projets, il avait besoin d'informations sur ce qui se tramait dernièrement dans les Duchés. Et qui c'est, demander un certain soutien....Mais avant...

Peddyr Thelrand, mercenaire de son état, avait enfin pris la décision ne cesser de fuir son passé. La rencontre avec sa nièce Lydie et d'autres facteurs combinés avait poussé le vieil homme à cesser cette fuite. Il était temps pour lui et ce qu'il avait été qu'il revienne à la "vie".

Mais avant... il devait voir la Duchesse Pirate....



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MessageSujet: Re: Quelque part, sur une plage isolée... Ven 27 Avr - 14:28
Il Sanguinario avait appareillé la veille en début d’après-midi. Les voiles noires gonflées par le vent de Nord-Ouest promettaient une traversée rapide jusqu’à ce que des rafales suivies de grosses vagues annoncent un grain susceptible de jeter le navire sur les écueils proches des côtes. Valerya fit lancer par-dessus bord les ancres flottantes et le navire cinq fois centenaire affronta la tempête en pleine mer. Ce n’était ni son premier grain, ni le pire orage qu’il ait subi. Le bois grinça mais le navire amiral de la duchesse ne connut pas d’avanie à part un filin cassé et un peu d’eau sur le pont. Le seul évènement notable fut que le plus jeune mousse dégueula toute la nuit sous les quolibets des marins dont l’estomac s’était habitué aux traîtres ballottements océaniques.

La tempête s’était dissipée au milieu de la nuit et Il Sanguinario avait repris son voyage vers le continent, ses voiles et son bois sombre se confondant avec la nuit. L’aurore pointait à l’horizon lorsque le navire arriva en vue des côtes. Le gros temps les avait précédés ; les restes d’un bâtiment déchiqueté par les rochers finissait d’agoniser dans les vagues. Bientôt il sombrerait définitivement dans les hauts fonds.

Après avoir vérifié qu’aucune autre flotte ne traînait dans les parages pour l’attaquer par surprise, Valerya fit descendre plusieurs barques. L’une s’approcha de l’épave éventrée qui ballottait au gré des vagues.  Les autres étaient emplies d’hommes armés. La duchesse leur avait donné pour mission de surveiller les parages. Un rendez-vous sur un rivage désert avec un groupe de mercenaires dans les duchés… ça faisait pas mal de paramètres susceptibles de mal tourner. Un groupe d’hommes s’enfonça dans les terres pour la prévenir de l’arrivée de ses clients. En mer comme sur la terre, la duchesse pirate restait prudente.

Elle tourna le dos au soleil dont le disque rouge donnait à la mer une couleur violacée. Les premiers rayons se reflétaient sur le sable et les prunelles de la vampire, protégées par des lentilles améliorées, passaient progressivement du gris au rouge sang. Elle resta figée un instant, ressentant la faiblesse qui envahissait son être au point du jour. Derrière elle des hommes descendaient quelques caisses. C’étaient de petits échantillons de l’équipement qu’elle gardait en cale. Elle ferait parvenir le reste sur la plage si le chef mercenaire était intéressé… Ou avait de quoi payer. Un sifflement strident provenant d’un éclaireur lui indiqua que les mercenaires descendaient vers la plage ; elle résolut d’attendre ses partenaires le fessier sur une haute caisse.

Un groupe d’une quinzaine d’hommes bardés de fer et armés de piques s’approcha sur le sable. C’étaient pour la plupart de robustes soldats qui avaient survécu à un bon nombre de rixes. La duchesse descendit de la caisse pour saluer ses hôtes tandis que ses hommes lui fournissaient une escorte patibulaire ; derrière eux Il Sanguinario semblait d’une immobilité tranquille mais ses sabords ouverts étaient tournés vers les terres. A la moindre entourloupe les boulets risquaient de pleuvoir sur la plage.

Après un échange d’amabilités sommaires, le couvercle des caisses de différentes tailles furent ouverts. Depuis les hauteurs on pouvait voir les soldats regarder les arquebuses ou manipuler des lames de facture duchéenne. Il y avait également un tout petit baril de poudre et ce qui semblait être un fauconneau, un petit canon mobile qui peut être tracté sur le champ de bataille et quelques boulets adaptés. Le chef mercenaire semblait parlementer avec la petite blonde qui dirigeait les pirates. Il devait négocier une ristourne sur le prix des armes mais l’attitude froide de son interlocutrice supposait qu’il aurait fort à faire pour la convaincre.
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MessageSujet: Re: Quelque part, sur une plage isolée... Mer 2 Mai - 10:22
Peddyr n'eut pas à attendre bien longtemps. Depuis sa cachette végétale, il avait observé l'arrivée du sombre navire. On ne pouvait pas louper son identité : Il Sanguinario. Aussi sombre que la nuit et la mort ténébreuse elle-même. Le vieux mercenaire n'était pas un marin et passait rarement par la mer pour ses voyages, mais il ne pouvait pas ignorer le nom du navire de la Duchesse Pirate. Lui-même était des Duchés et avait été Duc dans une autre vie, une vie oubliée et fragmentée dans son esprit. Mais là, il agissait et pensait comme Peddyr Thelrand ; pour le moment.

Depuis l'aurore et depuis que les premiers membres d'équipage avaient posé les pieds sur la plage, il avait veillé à mieux se dissimuler dans le petit bosquet où il s'était réfugié (plutôt caché) le temps de voir l'arrivée d'Il Sanguinario et de celle qui le dirigeait. Il commençait à regretter de pas avoir pris une cape qui l"aurait bien aidé à se fondre dans la flore. Là, il se contentait de sa vieille cape grisée, capuche rabattue sur sa tête et son visage.  Il savait qu'il y aurait du monde, mais il ne s'était guère attendu à voir autant de mercenaires. En même temps, quand on venait négocier quelque chose avec des pirates, il ne fallait pas s'attendre à des joyeusetés comme s'ils étaient les meilleurs amis au monde.

Donc, Peddyr avait aussi assisté à l'arrivée des mercenaires, pendant que les barques faisaient des aller et retour entre le navire pirate et la plage. A voir l'équipement déballé, cela sentait presque une petite vendetta dans le coin dans les prochaines semaines. Mais cela n'avait rien de surprenant, quand on savait comment fonctionnait les Duchés, cette contrée qui fournissait le plus de mercenaires dans tout le continent.

Il avait serré les dents quand, juste avant le début des négociations, des hommes de la Duchesse Pirate étaient parti dans les environs. Les risques de se faire découvrir étaient minimales, mais tout de même. Pour le moment, la chance était avec lui. Mais elle ne le restera pas. Sauf s'il décidait de partir pour ne pas prendre le risque de se faire abattre à vue. Car la petite opération commerciale qu'il observait n'était pas légal. Donc, il courait le risque d'être pris pour un espion. Mais en même temps, dans ce qu'il entreprenait, et tout ce qu'il avait vécu jusqu'ici, la mort l'avait toujours suivi de près. En somme, ce n'était pas le moment de commencer à trembler comme une feuille dans la perspective d'y laisser sa peau.

*Et j'ai toujours pris des risques, même inconsidérés. Ce n'est donc pas maintenant que je vais flancher. *

Il fallait trouver le bon moment... et surtout la bonne manière pour être amené en vie devant la Duchesse Pirate. Et cela ne prit pas longtemps finalement, car à peine avait-il redressé son visage encapuchonné que son regard croisa celui d'un des hommes de Spaventosa...

Plus bas, sur la plage, les négociations se poursuivaient. Et comme le chef des mercenaires l'avait pensé, il avait fort à faire avec la ''vendeuse", car elle ne lâchait rien. Mine de rien, elle amenait de la bonne facture pour les lames et certaines armes étaient plus difficiles à se procurer sur le marché normal sans que cela attire l'attention. Et comme ces mercenaires là cherchaient à acheter discrètement les armes, cela ne pouvait que rendre les prix que plus difficiles à négocier ; et surtout à faire baisser. Puis, la conversation sur les possibles ristournes cessèrent quand quelques pirates rejoignirent le petit comité en négociation commerciale, tenant visiblement un homme qui était aucunement un membre d'Il Sanguinario.

Le chef des mercenaires sourcilla quand on jeta cet individu sans ménagement sur le sol. Ce dernier avait grommelé sous la rencontre brutale avec le sol, cherchant déjà à se relever. L'épée bâtarde, qui était la sienne et qui lui avait été retiré, tout comme son poignard, était tenue par un des hommes de la Duchesse et menaçait de lui entailler le bas de la mâchoire s'il osait bouger.

''Hum, c'est quoi ce délire, capitaine ? Vous vous prépariez à m'accuser d'espionnage avec cet homme sorti de nulle part ? Sachez en tout cas, que ce n'est pas un de mes hommes, histoire d'anticiper. Bon t'es qui toi !

Peddyr porta à peine son regard sur le chef des mercenaires, avant de braquer ses yeux sombres sur la Duchesse d'Esperanza. Nul doute qu'elle allait se montrer très réactive quand à la présence d'un intrus dans sa petite phase commerciale
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MessageSujet: Re: Quelque part, sur une plage isolée... Mar 8 Mai - 11:19
La duchesse pirate entendit un sifflement signalant un problème puis une partie de ses éclaireurs revinrent en traînant un vieux soudard avec eux. Le soldat pouvait très bien avoir suivi les mercenaires à distance qui ne s’étaient pas souciés d’être pistés. A se croire invulnérable on en oublie la prudence élémentaire. Elle avait coûté la vie à Ilfrido et à bien d’autres avant et après lui. Etait-ce pour ça que son client se montrait nerveux ? Ou se méfiait-il d’elle, la suspectant d’avoir enrôlé un espion ?

« Du calme, je n’ai accusé personne. »
lâcha Valerya d’un ton blasé à son client très -voire trop- pressé de se dédouaner. « Retournez-voir s’il y en a d’autres. On ne sait jamais. » Les éclaireurs à qui elle s’adressait retournèrent à leur poste en abandonnant les armes de l’intrus afin de passer le sous-bois au peigne fin.

« Foutez-moi ça de côté. On l’interrogera une fois nos affaires terminées.» dit-elle aux pirates sur la plage qui tenaient l’inconnu en joue que ce soit avec des armes à feu ou leurs propres lames. En fait elle ne lui prêta pas plus d’intérêt qu’à un ballot de marchandise. Les espions n’étaient pas rares dans les duchés et tout le monde savait qu’elle écoulait de la marchandise pillée au plus offrant. Sa réputation de receleuse? Elle s’en fichait. Quant au mercenaire avec qui elle marchandait, il devait s’être assis sur son honneur depuis longtemps.

La duchesse conserva la dague qu’elle glissa à sa ceinture et l’épée bâtarde à la main. L’escrimeuse soupesa l’arme : c’était une lame équilibrée avec une garde originale. Elle n’était pas à la portée du premier mercenaire venu et avait peut-être été enchantée. L’idée que l’inconnu était un vétéran et non un espion lui traversa l’esprit, ce qui souleva la question de sa présence sur cette plage. Valerya ne s’essaya pas à poursuivre son examen de la lame : elle avait envie d’expédier cette vente pour se débarrasser du mercenaire en chef qu’elle trouvait horripilant à ergoter sur le moindre détail.

« Bon, où en étions-nous ? » demanda t-elle au chef mercenaire comme s’ils n’avaient jamais été interrompus. Le type joua l’offensé en lui adressant un regard courroucé; elle eut une soudaine envie de calotter ce gamin qui la prenait de haut. Merde ! Elle, la Duchesse Sanguinaire, s’était déplacée pour traiter avec lui. Il aurait dû se sentir honoré au lieu de la considérer comme une donzelle.

« Vous n’allez pas le tuer ou le questionner ? Nous pouvons nous en occ... »
demanda le mercenaire avec un ton paternaliste un brin offensé.

« C’est bon les gars, on remballe ! » Beugla la duchesse. Trop c’est trop. Non mais pour qui il se prenait, ce mercenaire de pacotille ? « Mes hommes l’ont vu en premier, il est à moi. Et je suis tout à fait capable de mener cet interrogatoire. J’en pratiquais déjà alors que vos ancêtres n’étaient même pas arrivés dans les Duchés. » répliqua t-elle d’un ton sec. Ses pirates fermaient déjà les caisses et certaines prenaient la direction des barques.

Le chef mercenaire pâlit tandis que ses hommes s’inquiétaient. Ils avaient fait tout ce chemin pour ne rien acheter ? Comment allaient-ils se battre sans armes ni munitions ? Autant de questions vitales auxquelles leur meneur aurait à répondre, ce qui risquait de mal tourner. « Non ! C’est bon ! C’est bon ! » s’empressa t-il de dire alors que Valerya réprimait un petit sourire victorieux. Ces soldats, tous les mêmes… Elle allait lui faire cracher son or comme un Esperanzien au concours de lancer de pépin. Cette andouille avait intérêt d’avoir les poches bien remplies.

« Alors vous achetez quoi ? Vingt petits barils de poudre, dix bouches à feu avec une douzaine de boulets chacun, une cinquantaine d’arquebuses avec une centaine de balles chacune, quatre-vingt épées… Combien d’arbalètes ? Cinquante avec une quarantaine de carreaux chaque ? Ça fera trois mille pièces d’or, et encore je vous fais cadeau des balles et des carreaux.»

Le capitaine mercenaire eut l’air d’avoir avalé une fiole de poison tant sa grimace lui déformait le visage. Puis ses traits se radoucirent et sa voix se fit mielleuse. « Mais bien entendu. » Il tendit à la duchesse un sac rempli de pièces mais trop maigre pour en contenir ce qu’elle réclamait. Elle avait vu ce genre de manœuvre trop souvent pour être dupe. Si elle saisissait la bourse ce type allait profiter de l’ouverture pour lui trouer la peau au niveau de l’aine afin de la neutraliser et la prendre en otage. Il réclamerait une rançon et partirait avec les échantillons déballés sur la plage ; c’est ce qui s’appelle vouloir le beurre et l’argent du beurre. La pirate siffla le signal d’urgence en sautant en arrière tandis que le sac tombait au sol laissant s’échapper les pièces dans le sable. En un instant la tension était montée d’un cran et la rencontre pacifique virait à l’affrontement. Les deux camps se faisaient face et au loin les sabords d’Il Sanguinario s’étaient parés de bouches de canon.

Valerya souriait ironiquement en fixant d’un air calculateur son adversaire de ses pupilles rougies par ses lentilles. Pauvre idiot ! Elle n’avait pas été surprise le moins du monde. Maintenant, il allait payer pour sa ruse grossière. L’instinct de traque de la vampire s’était éveillé et son client était devenu sa proie. Elle ne ferait aucun quartier. Certains vampires appréciaient une chasse sécurisée à base de séduction. Valerya faisait partie des immortels qui avaient besoin d’adrénaline pour se sentir encore vivants. Un combat ou une situation violente donnait une saveur particulière au sang du vaincu.

La duchesse éprouvait l’envie de jouer au chat et à la souris. Tandis que son adversaire dégainait, elle en fit de même avec l’épée bâtarde de l’inconnu trouvé dans les sous-bois et jeta l’arme dans sa direction. C’était un mouvement étrange qui pouvait passer pour stupide. D’ailleurs son mauvais client haussa un sourcil de surprise avant de se mettre en garde. Valerya s’était fiée à son instinct : un vieux soldat qui avait eu le cuir assez solide pour survivre jusqu’à avoir des fils argentés dans sa barbe et ses cheveux devait savoir se battre comme un lion et il valait mieux avoir cet atout dans sa manche plutôt qu’il reste inutilement le fessier dans le sable à prendre le soleil en spectateur.

Elle concentra toute son attention sur son adversaire. Foutu soleil! Elle détestait se battre en journée, elle se sentait terriblement diminuée. La rapière adverse fendit l'air et la duchesse l'esquiva de justesse. Elle ajusta un bon coup de pied dans le sable pour aveugler son adversaire l'espace de quelques secondes le temps de dégainer Crudele. Le premier assaut avait lancé la bagarre générale, la mêlée projetait des ombres indécises sur le sable éclairé par un soleil encore rouge sang s'élevant au-dessus de la mer.


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MessageSujet: Re: Quelque part, sur une plage isolée... Jeu 10 Mai - 20:34
La réaction avait été vive parme les mercenaires, provoquant une tension presque palpable parmi eux. Sur ordre de la capitaine, Peddyr fut mis un peu à l'écart. Un des hommes de la dame pirate l'obligea à se redresser séance tenante. Un autre confia la dague et son épée à la capitaine, qui plaça la courte lame à sa ceinture et prit l'autre arme en main, la jaugeai déjà. Peddyr se contenta de sourciller. Protester aurait été mal venu et très mal avisé. En même temps, il était venu ici dans un but précis. Il encourait des risques qu'il avaient bien mesurées, quitte à manquer d'y laisser des plumes, voir la vie. Mais si on ne prenait pas de risques, on ne connaissait jamais la fin du chemin entrepris. Par contre, il avait veillé à doucement écarté les bras et laisser ses mains bien en vue pendant que les autres marins le tenaient en joue avec leurs armes. Pour l'instant, il n'était qu'un spectateur tenu comme prisonnier, le temps que les affaires commerciales en cours se terminent.

La suite de la transaction devait reprendre normalement son cours, comme si rien n'était venu la perturber, mais on voyait bien dans le regard condescendant du chef mercenaire que les choses ne lui convenaient guère. Il paraissait aux yeux du vieux mercenaire, en attente de son sort, que le dirigeant de ce groupe de mercenaires là n'appréciaient guère de voir des femmes être à son niveau d'égalité. Et quand celui-ci commit le pas de travers en la questionnant quand à l'avenir temporaire de leur prisonnier perturbateur de l'instant précédent, la Duchesse Sanglante entra dans un nouveau jeu.

Peddyr avait entendu parler de son sens des affaires. Elle excellait en la matière et à ce qu'il observait par la suite ne faisait que confirmer ce qu'il avait pu entendre sur elle. Douée pour les affaires, et donc dangereusement intelligente. Et ça, le capitaine mercenaire avait un peu négligé ce fait. Ce qui allait lui coûter sur le plan financier... et plus encore quand la capitaine d'Il Sanguinario bondit soudainement en arrière tout en lâchant un sifflement précis. Aussitôt, les choses virèrent dangereusement. La négociation commerciale venait de stopper net, laissant place à une tension dangereuse, combative. Cette fois, c'était l'affrontement.

Le coeur du vieux mercenaire avait fait un bon dans sa poitrine. Le combat allait avoir lieu et il était dépourvu de son épée ! Il lui restait la magie et il savait quel camp était le sien. Et là, son épée termina sa course à ses pieds, terminant de crisser sur le sable de la plage. La capitaine des pirates venait de lui jeter son arme espéré, sous le regard médusé du capitaine mercenaire. Peddyr avait compris le geste et ignora totalement les marins qui l'avaient tenu en joue quelques instant plus tôt. Ils étaient tendus, se préparant à l'offensive... qui se produisit ! Le vieux mercenaire ne perdit pas de temps pour entrer lui même dans le combat.

Sa lame barra la route d'un sabre qui avait cherché à frapper en traître la Duchesse Sanglante, occupée à se battre contre le chef de ces soudards. C'était là une attitude que n'appréciait guère le vieux guerrier. Frapper en traître était indigne d'un véritable guerrier. Mais dans les Duchés, les mercenaires pensaient plus à gagner de l'or que de se porter sur l'honneur au combat. Et le vieux mercenaire entraîna son adversaire non-honorable dans une duel où l'ennemi n'avait aucune chance de pouvoir prendre la main. Et il tomba rapidement à terre, abreuvant celle-ci de son sang. Peddyr n'y accordait déjà plus d'attention qu'il enchaînait déjà avec un second ennemi. Dans ce qui le poussait à voir la Duchesse Sanglante, il employait toute son expérience martiale, serrant les dents à un lointain souvenir où il se battait en plein coeur d'une guerre de pouvoir... Cette fois, il ne "mourra" pas !

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MessageSujet: Re: Quelque part, sur une plage isolée... Sam 12 Mai - 19:53
La duchesse avait bien choisi son poulain… Façon de parler. Il se battait comme un vieux lion en  maniant son épée avec une adresse forgée au fil des ans et des combats. Satisfaite d’avoir fait le bon choix, Valerya retourna à son propre tête-à-tête mortel. Elle n’était pas face à un bras cassé et le soleil levant avait diminué ses forces. La réverbération des rayons de l’astre sur le sol était amoindrie grâce à ses lentilles qui lui donnaient des pupilles rouges, mais elle était suffisamment gênante pour que la vampire ne repère pas l’éclat d’un fer sur le côté. Le pire avait failli arriver, le mercenaire avait été traversé de part en part par une lame avant de s’écraser mollement sur le sol avec une odeur d’entrailles qui se répandent. Une récidive de ce genre était à prévoir. Aussi Valerya se devait de terminer vite son duel. Crudele ferraillait tandis que la duchesse se préparait à lancer un sort de Douleur Sourde. La hâte était synonyme de mort face à un adversaire expérimenté. Assaut après assaut, elle attendait l’ouverture entre esquives et parades. L’occasion se produisit soudain et d’un coup précis elle effleura la joue de son adversaire de son fer. L’estafilade fut suffisante pour lui lancer un sort qui le déstabilisa un instant. Il ne restait plus à la duchesse qu’à allonger le bras pour lui trancher la gorge. Ce n’était pas une manœuvre chevaleresque, plutôt celle d’un bandit, mais qu’importe, l’essentiel était de rester en vie. De toute manière rares étaient les combattants duchéens à avoir bâti leur réputation sur l’honorabilité. Et ce n’était sûrement pas le cas de la Duchesse Sanglante.

Leur chef étendu sur le sable, le moral des autres mercenaires fut en berne. Il y eut un moment de flottement où ils se regardèrent entre eux du coin de l’œil sans trop savoir s’ils devaient continuer le combat ou non. C’est à cause d’une action inconsidérée de leur capitaine qui les avait mis dans ce pétrin. Maintenant qu’il s’était étouffé dans son sang, qui dirigeait les opérations ? Fallait-il rester, fuir, se rendre ? Les pirates sentirent que le vent était à leur avantage et, avec des cris de rage, se ruèrent avec encore plus d’enthousiasme sur leurs adversaires. Valerya passait ici et là sur le champ de bataille, frappant les mercenaires dans le dosou lançant des sorts pour soignant en urgence des compagnons blessés. Si un ennemi s’avançait vers elle, un de ses pirates se dégageait pour la protéger. Il semblait évident qu’ils donneraient leur vie pour leur capitaine.  

Peu à peu la bataille rangée se délita. Le peu des mercenaires restant reculaient vers le haut de la plage. Ce fut une mauvaise stratégie : les éclaireurs de la duchesse, restés dans les sous-bois firent feu et une volée de carreaux abattit quelques ennemis. Valerya leva alors le poing et un unique boulet passa au-dessus des têtes des combattants pour s’écraser à quelques mètres des mercenaires effrayés. Le projectile envoya quelques mètres cubes de sable dans les airs qui fouettèrent le visage des ennemis, les aveuglant à moitié en retombant. De leur côté les pirates riaient ouvertement en les provoquant par des injures. Certains en profitait pour faire le tour des pirates blessés tandis que les mercenaires hors combat étaient laissés à leur sort.

Valerya siffla et la bronca cessa. D’une voix claire,  avec un sourire mauvais, elle ordonna aux mercenaires survivants de se rendre. Il ne fallut pas longtemps pour qu’ils déposent les armes. En compensation pour la traîtrise de leur capitaine et les pertes pirates, les mercenaires furent priés de vider leurs poches, d’abandonner leurs armes et armures et de filer à travers la forêt peu importe leur état physique. S’ils avaient suivi un chef aussi lamentable, ils n’avaient qu’à s’en prendre qu’à eux-même. La prochaine fois ils se feraient engager par un meilleur patron.

Peddyr quant à lui était tout à fait libre de ses mouvements. Il avait choisi son camp en combattant aux côtés des pirates et ces derniers ne le menaçaient pas. Certains le surveillaient du coin de l’œil à cause de son apparition providentielle mais on lui proposait volontiers une lampée de Bollicine pour se remettre de ses efforts. Les caisses étaient à nouveau gardées et un tas d’armes hétéroclites avait augmenté le stock de la duchesse. Valerya supervisa la reddition des mercenaires et alla de blessé en blessé pirate d’abord, mercenaire ensuite. Enfin elle décida de la levée des corps des quelques pirates tombés au combat tandis que ceux de leurs adversaires restaient sur la plage pour nourrir les oiseaux de mer. Une fois tout cela terminé, la capitaine vampire retourna auprès du mystérieux inconnu qui l’avait secourue.

« Bon, à nous. Qui est-tu et qu’est-ce que tu fais là ? Si tu veux une place parmi mon équipage, t’es le bienvenu. Mais faudra apprendre à te rendre utile sur mon navire. Chez nous un gars doit savoir tout faire. »

Valerya ne prenait pas de gants avec ce vieux combattant ; la diplomatie n’était pas son fort et elle n’avait pas de temps à perdre. De toute façon il devait en avoir vu d’autres et s’être fait traiter bien plus mal par des chefaillons de fantassins dans sa longue carrière.
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MessageSujet: Re: Quelque part, sur une plage isolée... Lun 14 Mai - 13:09
Le second ennemi était plus coriace que le premier, qui était déjà en train de refroidir sur le sable. Autour de lui, c'étaient cris, agonie, sang et fracas des lames qui s'entrechoquaient. D'un coup brutal, Peddyr repoussa assez loin son adversaire du moment pour jeter un coup d'oeil à la Duchesse Sanglante qui avait accepté de lui accorder sa confiance durant ces combats. Elle paraissait gêner par la lumière du jour, car qui connaissait la Duchesse, même de par sa sinistre réputation, savait à quoi s'en tenir quand à ce qu'elle était réellement. Mais cela ne l'empêchait pas de tenir tête au chef des mercenaires. Le coup d'oeil du vieux mercenaire n'avait duré qu'un temps très court, juste assez pour savoir qu'il n'aurait pas besoin de la secourir. Après tout, elle n'était pas Duchesse et capitaine de pirates pour rien !

La bataille tenait plus du carnage que d'un véritable affrontement, surtout quand le capitaine mercenaire tomba à terre, achevé par sa redoutable adversaire. Devant la chute de leur tête dirigeante, les guerriers eurent quelques hésitations, ce qui fut suffisant pour donner l'avantage aux pirates, qui surent grandement en profiter. Et ce fut le début de l'hallali.

Les fuyards qui tentèrent de fuir au lieu de se rendre furent massacrés, autant par les pirates, que par la capitaine et ses éclaireurs qui guettaient depuis le début dans la lisière toute proche. Du côté de Peddyr, il avait jeté à tête son dernier adversaire, lui entaillant sérieusement le genou. Le sang goutta le long de sa lame qu'il retint pour ne pas frapper le malheureux qui le suppliait à genoux. Grimaçant, sentant une vieille émotion qui l'écoeurait, il abaissa sa lame mais frappa d'un bon coup de poing l'adversaire. Puis, après avoir essuyé sa lame, il jeta un sombre regard sur ce qui restait de ce mini champ de bataille. Etait-ce là la voie qu'il avait décidé de prendre, pour suivre son objectif ? Avait-il seulement le choix ? Il fronça des sourcils. Il ne pouvait plus faire machine arrière. Il avait assez fui. Toute sa vie n'a été que lâcheté, pour refuser ce qu'il avait été autrefois. Maintenant, il était temps pour le disparu considéré mort et tué de revenir dans le monde des vivants. Mais avant, il devait parler avec la Duchesse.

Il rengaina sa lame et rejoignit les pirates. Il sentait le regard méfiant de certains, se sachant encore considéré comme un homme à surveiller, qui n'avait pas clairement énoncé ce qu'il était et ce qu'il voulait. Il ne doutait pas que certains l'avaient reconnu. Il accepta par contre et très volontiers une lampée de l'alcool proposé. Il eut l'impression que cela aidait à rincer un vieux goût sanglant qui traînait dans la gorge. Puis, il observa la Duchesse, qui s'affairait à terminer de distribuer ses derniers ordres quand à ses hommes blessés et aux survivants ennemis. Et elle vint vers lui quand elle eut terminé. Elle fut directe et franche.

Il eut un très léger rictus amusé.

''Ne suis-je pas un peu vieux pour devenir un marin accompli, Duchesse Spaventosa ? Votre offre est généreuse, mais je ne suis pas venu à vous pour cela....''

Il employait volontairement le tutoiement.

''Je suis le mercenaire Peddyr Thelrand, qu'on surnomme le Vétéran. Rassurez-vous, je ne suis pas ici pour réclamer votre tête ou d'autres choses du même acabit. Je suis ici, car vous êtes une personne qui a une bonne position dans les Duchés, même si votre Duché n'est guère bien vu par nombres de dirigeants. J'ai besoin de votre aide pour connaître la situation politique et économique des Duchés. Il y a bien longtemps que je n'y prêtais plus d'attention. Et qui sait, peut être même pourrais-je avoir besoin bien plus de vous que de réapprendre l'Histoire des Duchés....''

Il demeurait assez évasif. Peut être cherchait-il à éveiller l'intérêt de la Duchesse sur son cas. Elle était bien plus âgé que les hommes qu'elle côtoyait. En avait-elle même enterré plus d'un par le temps passant.
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MessageSujet: Re: Quelque part, sur une plage isolée... Jeu 17 Mai - 10:18
Un peu agacée, Valerya donna un léger coup de pied dans le sable, pas assez fort pour lever une motte mais suffisamment pour laisser l’empreinte du bout de sa botte. L’équipage d’Il Sanguinario était la fine fleur de la marine espéranzienne. Les types se battaient littéralement pour accompagner la duchesse bien souvent jusqu’à la mort. Ses gars étaient autant marins que soldats et en faire partie assurait un certain prestige dans l’archipel. Et cet inconnu se permettait de rejeter sa proposition avec légèreté… Elle connaissait des Esperanziens qui auraient fait n’importe quoi pour cette place. D’ailleurs personne auparavant n’avait osé lui dire non.

« D’abord il n’y a pas d’âge pour naviguer. Je suis pas de toute première jeunesse et pourtant je dirige ce bâtiment. Je peux aussi te coller mon pied au cul ou ma lame dans le ventre pour te prouver que je ne suis pas rouillée. Selon ton propre choix, petit.» Valerya rappelait fort peu subtilement qui avait l’avantage dans leur petite discussion matinale. S’était-elle sentie blessée ? Absolument pas. Mais maintenant qu’elle faisait partie des êtres les plus vénérables de la planète avec cinq siècles au compteur, traiter de gamin un vétéran l’amusait, alors autant ne pas se priver des rares plaisirs dont elle n’était pas encore blasée.


Le nom de Peddyr Thelrand ne lui évoqua rien de particulier. Quant au surnom du mercenaire, il était assez courant pour les soldats qui avaient eu la chance de fêter leur quarantième année sans trépasser.

«Je résume la situation… Tu ne veux pas me liquider, ce qui est déjà bien. Tu viens me voir pour me demander un service d’une part, et d’autre part parce que j’ai mauvaise réputation. C’est gentil. Tu sais parler aux femmes. » Valerya leva ses yeux rougis pour lui lancer un regard blasé tandis que ses paroles transpiraient l’ironie. Elle avait la main sur la garde de son épée, cela relevait de la prudence la plus élémentaire : ce type savait se battre et il l’avait prouvé. Par contre il était peut-être un brin cinglé… Peut-être l’alcool ?

La duchesse eut un geste de sa main libre pour intimer le silence au mercenaire. Ses paroles n’avaient aucun sens. Il avait failli mourir pour des renseignements ? La situation des duchés ? Ce type était un fou ou un suicidaire. Finalement c’était une bonne chose qu’il ne veuille pas rejoindre l’équipage, il aurait terminé par-dessus bord ou attaché au mât pour mutinerie.

« Alors on va faire simple… Soit tu me dis clairement ce que tu veux, soit je lève l’ancre tout de suite. La marée n’attend pas et mes gars aimeraient se faire soigner ou enterrer leurs camarades avant qu’ils ne commencent à se décomposer. J’ai été assez généreuse pour ne pas t’avoir troué la peau et ce ne sont pas les occasions qui ont manqué. Alors ne prends pas le risque de m’en donner une supplémentaire, ma mansuétude a des limites. Si tu crois que je vais te dire ce qu’il se passe aux Duchés… T’aurais dû aller au premier troquet du coin, on t’aurait mieux renseigné. A moins que monseigneur désire que je fasse amener un fauteuil, une table et un tonneau de Sciroppo. Si c’est le cas, désolée de te décevoir, ici c’est pas un débit de boisson et je ne suis pas tenancière. Remballes tes histoires et va boire ailleurs. »

C’était un long discours pour Valerya qui était volontiers taciturne. Mais elle assénait ses phrases comme des coups d’estoc afin de faire jaillir la vérité de cet embrouillamini de paroles qui n’avaient ni queue ni tête. A force de secouer le mercenaire, de menacer de le laisser tout seul sur le sable en plus ou moins bon état, peut être qu’il arrêterait de tourner autour du pot pour parler franchement.
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MessageSujet: Re: Quelque part, sur une plage isolée... Ven 25 Mai - 12:53
Un très léger rictus apparut aux commissures des lèvres du vieux mercenaires. Mine de rien, elle était une femme avec un sacré caractère. C'était nécessaire pour diriger une bande de pirates composée majoritairement d'hommes capable de tuer rien que pour de l'argent. Mais à voir l'équipage présent sur les sables, qui terminaient les dernières besognes et terminaient de soigner leurs compagnons blessés, ce n'étaient pas des forbans comme on pouvait en croiser au large. Eux, certes ils étaient pirates, avaient la discipline d'un puissant équipage et un grand respect pour leur capitaine, qui dirigent en plus un Duché. La Duchesse n'était donc pas une personne à prendre à la légère. Rien que sur le ton qu'elle employait pour faire le résumé de la situation, on percevait son autorité. N'importe quel faiblard aurait blêmi, ou se serait faire dessus.

Après le long discours "résumé" de la duchesse pirate, Peddyr perdit son rictus pour afficher un air des plus sérieux. Soit, puisqu'il fallait être franc et direct. Aux cieux le vouvoiement.

''Je ne doute pas un seul instant de tes capacités martiales. L'échange pourrait être intéressant, mais une autre fois.... Je ne suis pas venu pour te voir jouer les tenancières à mon égard ou pour discourir sérénade ou autres palabrer comme un coquelet amoureux. oui, je pourrais trouver des informations sur les Duchés et tout ce qui s'y trame dans les tavernes. Mais que vaudraient-ils dis moi, alors que tu es le plus aux faits de ces informations, autant pour surveiller ce qui se trame et intrigue que pour le reste ? Oui, je viens te demander ce service, car je pourrais t'en rendre en retour. ''

Là, elle va se demander quels genres de service un vieux mercenaire comme lui.

''Si je te demande ces informations, c'est dans le but de récupérer le Duché Teros, celui qui gère les terres Ardnath. Il appartenait à Ashan Teros et je ne doute pas que tu t'en rappelles, même un peu. Il était un homme qui était prêt à être loyal à celui ou celle qui retenterait d'unifier les Duchés, comme il y a longtemps, avec Ilfrido, que tu as connu et aidé. Ashan a été "tué'' pour sa trop grande loyauté... car il devenait dangereux... ''

Il se retint de faire apparaître la lame d'Ilfrido, perdue et désormais retrouvé. Cela ferait que trop théâtral. Et il n'omettait pas que la duchesse sanglante avait aidé Ilfrido par le passé, parce qu'elle y avait trouvé son compte.

''Je suis Ashan Teros, qui s'est enfin décidé à sortir de l'ombre après toutes ces années. Je n'ai que ma parole pour le prouver, en plus d'avoir en ma position la rapière d'Ilfrido. ''
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MessageSujet: Re: Quelque part, sur une plage isolée... Lun 4 Juin - 22:19
Valerya eut une moue dédaigneuse lorsque le vieux mercenaire passa du vouvoiement au tutoiement puis eut l’impudence de prétendre qu’il pourrait lui rendre service alors qu’il venait de décliner une belle place dans son équipage. Il aurait pu faire rempart de son corps pour protéger sa duchesse lors d’un assaut. Ça, ça aurait été utile. Parce que les on dit de comptoir n’intéressaient absolument pas Valerya, enfin sauf s’il s’agissait d’un complot contre sa personne éventé par un poivrot.

Elle rajusta ses gants, se demandant où l’inconnu voulait en venir. Et soudain voilà devant elle un duc mort soit disant dépositaire d’une épée légendaire. D’autres auraient pouffé de rire avant de coller une balle dans la cervelle de ce fou. Valerya serra les poings, ses lèvres formant une fine ligne rose pâle.

« Ouais, et moi je suis la reine de Teïder et j’ai le pot de chambre de Bartholoméo en ma possession. » dit-elle avec ironie. « Allez les gars, on remballe ! » Beugla t’elle à l’attention de son équipage qui apprêta immédiatement les barques pour retourner à bord. Le premier esquif glissa dans l’écume et les cadavres voguèrent sur les flots.

« Les seuls morts revenant à la vie sont des vampires ou des expériences de nécromants. Tu m’excuseras, t’as pas l’air d’être en décomposition et Teros était un gamin quand il a disparu. Effectivement, tu as à peu près l’âge qu’il aurait s’il s’en était tiré. Sauf qu’il se serait manifesté depuis longtemps s’il avait été vivant. Quant à l’épée d’Ilfrido, ce n’est pas celle là. » dit-elle avec un mépris évident en désignant le fer du mercenaire d’un hochement de menton. « Cette lame est bien équilibrée, elle vaut son pesant de pièces, mais ce n’est pas la rapière d’Ilfrido. Je l’ai vue de près et je m’en souviens encore. »

Elle se détourna légèrement pour faire un pas en direction des barques. « J’sais pas ce que tu veux, mais tu ferais mieux de laisser tomber et de te trouver ton petit coin de paradis pour passer une retraite tranquille. Trouve-toi une femme ou ouvre une salle d’armes, tu es un bon escrimeur. Vis ta vie et ne viens pas te mêler gros poissons en prétendant être qui tu n’es pas. A coup sûr tu trouveras rapidement la mort de façon plus ou moins douloureuse selon à qui tu expliqueras ton histoire. Allez, bon vent. »

La duchesse leva la main aux bords de son chapeau pour saluer brièvement le mercenaire et prendre congé de lui.
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MessageSujet: Re: Quelque part, sur une plage isolée... Ven 22 Juin - 9:59
Il s'était parfaitement attendu à avoir une réaction telle qu'eut la Duchesse Sanglante, à savoir de ne pas le croire. Il ne pouvait pas la blâmer. Lui-même avait refusé durant toutes ces années de redevenir Ashan Teros, préférant devenir Peddyr Thelrand, qui n'était au final qu'une grande partie même de sa véritable personnalité. Et comme le passé finissait toujours par le rattraper, au lieu de se morfondre de ce qui lui restait à vivre, il avait décidé de l'affronter et redevenir l'homme qu'il était ; et devenir l'homme qu'il aurait dû être.

Il garda le silence le temps que la vampire donne ses ordres et qu'elle terminait le dialogue avec lui. Mais il n'allait pas en rester là. Puis, quand elle eut poliment salué à la manière d'un véritable capitaine ; ce qu'elle était bien entendu, il reprit la parole.

''Permets moi d'insister. Oui, tu as raison sur bien des points...Mais il peut arriver dans de rares cas qu'un homme prétendu mort refasse surface. Mais avant de t'expliquer cela, j'aimerai que tu voies ceci.''

Il n'eut qu'à faire un appel mental pour que la rapière d'Ilfrido apparaissent dans sa main. Sans geste brusque, il posa la lame sur son bras non armé et tendit la poignée de la lame légendaire en direction de la capitaine vampire, comme pour l'inviter à la saisir.

''Je ne doute pas que tu la reconnais. Et que tu sauras que c'est bien elle si tu saisis sa fusée. Preuve est là devant toi que je ne mentais quand à posséder cette lame. "

Il ne l'avait pas fait apparaître de suite. Il aurait pu, dès le début de la conversation en fait, mais cela aurait été une attitude arrogante de sa part vis à vis de la Duchesse Sanglante.

''J'étais un "gamin'' sur un plan vampirique quand on tenta de me tuer. On n'a jamais retrouvé mon corps vu que j'ai échoué dans la rivière. Et pourtant, j'ai survécu mais j'avais perdu la mémoire et donc mon identité. Sur les années qui ont suivi, quand les souvenirs tentaient de faire surface, j'ai joué de lâcheté et j'ai fui le passé qui cherchait à se rappeler à moi. Durant toutes ces années, j'ai préféré être Peddyr Thelrand, que de redevenir Ashan Teros. Voilà pourquoi je n'ai jamais cherché à me manifester. J'aurai pu demeuré dans l'ombre en tant que Peddyr. Mais quand le hasard a voulu me mettre sur la route de la lame d'Ilfrido, c'est là que j'ai compris que je devais cesser de fuir et reprendre la voie qui aurait du être la mienne. ''

Il savait qu'il pouvait mourir dans sa tentative, mais au point il en était aujourd'hui.

''Tu as connu Ilfrido. C'est une des raisons pour laquelles que je suis venu à toi. Je ne cherche pas à devenir Ilfrido. Je veux juste reprendre la voie que j'avais commencé à entreprendre en tant qu'Ashan. Je sais que la mort sera présente dans ce souhait, mais je l'ai frôlé tellement de fois que je ne suis pas à cela prêt. C'est donc pour cela que j'ai besoin de savoir tout ce qui se trame au sein des Duchés. Et à mes yeux, tu es la plus à même d'avoir ce savoir. Je comprendrai parfaitement si tu restes sur ton refus. '

En tout cas, chose qui était certaine était qu'Ashan Teros ne pourrait pas être déloyal puisqu'on avait cherché à le tuer pour cela justement. Et Peddyr Thelrand bénéficiait d'une très bonne réputation en tant que mercenaire. Restait à voir si la Duchesse Pirate accepterait de l'aider... ou pas... Peddyr s'attendait de toute façon à devoir payer un ''prix'' en échange de sa demande de service. Et il était prêt à le faire.
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MessageSujet: Re: Quelque part, sur une plage isolée... Ven 29 Juin - 0:33
La duchesse ne prêta pas attention à ses pirates qui avaient tous sorti leurs armes à feu pour viser l’inconnu lorsque l’épée était apparue de nulle part. Même si elle n’était pas véritablement en danger puisque l’épée était enchantée pour apparaître dans la main de son propriétaire, ses hommes s’inquiétaient tout de même pour sa sécurité. Valerya maîtrisait la magie d’invocation, son équipage avait déjà été témoin de ses prouesses létales en la matière. Ils se méfiaient d’autant plus.

A la mort du Conquérant beaucoup de ses anciens amis ou serviteurs plus ou moins zélés avaient profité de la confusion pour faire main basse sur un certain nombre d’objets ayant appartenu à Ilfrido, soit pour les vendre, soit pour tirer une légitimité mal acquise en prenant la tête de soudards afin de revendiquer son héritage. Fort heureusement, aucun n’avait réussi. Depuis les affaires du héros duchéen avaient changé de main et il était quasiment impossible de savoir qui possédait quoi.

Valerya reconnaissait-elle le fer dont le mystérieux mercenaire lui tendait la garde ? Absolument. Elle avait un souvenir très précis de la rapière, une arme magique et unique en son genre. Peu d’épées étaient aussi légères et équilibrées. Quand aux nervures de sa lame damassée, elles étaient inimitables. Même un expert en magie ne pouvait reproduire cet objet avec une telle précision aidé seulement d’une description littéraire. Il fallait l’avoir vue et de très près pour en faire une copie crédible. Et ceux encore vivants qui avaient connu cette épée se comptaient désormais sur les doigts d’une main : dragons, elfes ou vampires se partageaient cet honneur.

Instinctivement la duchesse leva la main pour caresser l’objet mais elle s’arrêta à quelques centimètres, immobile au-dessus de la garde. Ses yeux avaient l’éclat embrumé qu’ont les vieillards lorsqu’ils se rappellent un temps que nul autre qu’eux ont connu, tristesse et nostalgie d’instants que les années ont condamnés à l’oubli. Son visage avait perdu son air renfrogné habituel pour quelque chose d’indéchiffrable tandis que Peddyr racontait son odyssée. Valerya ne semblait pas ivre de joie à la vue de cet artefact, mais elle n’avait pas de réaction violente. Elle semblait saisie par ses souvenir. L’instant passa et sa main retomba mollement sur le côté de son corps. Son regard devint soudain dur puis elle se tourna vers ses séides afin d’aboyer ses ordres.

« Rangez ça nom d’un kraken ! Trouvez une chaise confortable pour le duc ici présent, et que ça saute ! »
Les pirates s’agitèrent rapidement en tout sens comme des fourmis qui auraient perdu le chemin vers leur fourmilière. Pendant qu’on cherchait une caisse pour Peddyr et un linge propre pour protéger son ducal fessier de la poussière, Valerya s’expliqua.

« Seul son propriétaire légitime peut la faire apparaître et la prendre en main. Je n’ai pas cette chance… Donc inutile de me tenter. Ou un quelconque membre de mon équipage. » dit-elle en hochant sobrement la tête, reconnaissant par là Peddyr- ou plutôt Ashan- comme un égal. « Range ça, elle ne doit pas être vue pour le moment. Pour ta sécurité. Tu peux compter sur mes gars, ils savent tenir un secret. Par contre je garantis pas qu'un autre équipage aurait leur discrétion.»

Elle croisa les bras, les jambes écartées, les pieds bien campées sur le sol. Son regard rouge était fixé sur le visage du vieux mercenaire qui rêvait d'un nouveau destin.

« Les amis d’Ilfrido sont les bienvenus dans mon archipel. Je n’ai jamais rompu l’engagement que nous avions pris l’un envers l’autre. Théoriquement je suis toujours une alliée de Vinche... Sur le papier. J’ai botté le derrière de quelques-uns de ses anciens amis qui ont changé leur vision des duchés après sa disparition. Ça ne m’a pas spécialement servi au point de vue diplomatique, mais comme je ne suis pas vraiment une duchesse à part entière pour certains de mes pairs, ça m’est égal. Toi non plus, on ne te prendra pas au sérieux. Un ancien duc revenu de la mort avec une épée soit disant légendaire… ça pue le conte elfique à plein nez.» finit-elle avec un petit sourire ironique.

Ses hommes installèrent deux caisses pour les ducs agrémentées de petites bourses rebondies remplies de poudre faisaient office de coussin, recouvertes d’une toile de lin rêche. Valerya s’assit sur sa banquette improvisée sans sourciller. Qu’elle puisse mourir de façon ridicule en se faisant exploser le derrière ne semblait pas l’inquiéter.

« J’ai du mal à croire qu’un homme en possession de l’épée d’Ilfrido se contente de regagner son fief et de s’y cloîtrer pour finir sa vie dans son lit au milieu de sa bruyante marmaille. T’es un soldat, tu t’ennuieras. » dit-elle sur le ton de la conversation. « De toute manière tes voisins ne te laisseront pas en paix. Même si tu récupères ton dû, ils t’attaqueront de front ou te mettront des dagues dans le dos. Ou dans ta baignoire, au choix. » Valerya appréciait ce genre de remarque glaçante. Elle avait un humour particulier… Enfin quand elle en faisait preuve.

« Au fait, comment la lame t’a t-elle trouvé sur son chemin ? Tu ne l’as pas découverte gentiment installée sur ton oreiller à ton réveil dans une auberge. » Sur ce sujet elle aimerait une explication. Ce n'est pas tous les jours que l'on retrouve la rapière d'Ilfrido.
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MessageSujet: Re: Quelque part, sur une plage isolée... Jeu 5 Juil - 7:02

Le vieux mercenaire s'était à peine crispé à la réplique des hommes de la Capitaine Pirate. Il n'avait d'yeux que pour elle, restant tout comme elle dans un étrange silence. Il la vit tendre une main vers la garde de l'épée, comme pour la toucher, comme pour s'assurer de son authenticité. Mais elle s'arrêta à quelques centimètres de l'artefact, avec un regard que Peddyr connaissait pour l'avoir eu lui-même. Peut être pas de la même profondeur, mais il savait reconnaître l'éclat de la mélancolie. Et celle de la Duchesse était profond. Peu pouvait encore parler de qui était réellement Ilfrido. Valeyra était encore l'une des rares témoins vivants à lavoir côtoyé. Elle le connaissait mieux que quiconque, mieux que l'Histoire en personne. Qui sait alors de quelles profondeurs avaient été leur amitié ? Voir plus ? Peddyr n'allait pas s'aventurer dans des hypothèses. C'était indiscret et ce n'était pas son existence après tout.

En tout cas, la Capitaine des pirates avait rapidement changé le ton. Au lieu de rembarquer, elle avait ordonné à ses hommes d'amener quoi s'asseoir. Ce sera qu'une simple caisse avec un linge propre posé dessua, mais ce sera mieux que de s'asseoir dans le sable et les galets de la plage. Et bien entendu, Peddyr ne se fit pas prier pour ranger l'épée à son fourreau, la mettant dans un pli de sa vieille cape. Elle avait un peu raison. Techniquement, ils étaient seuls dans ces lieux. Mais on n'était jamais à l'abri de rien.

La Duchesse Sanglante lui apprenait qu'elle exprimait toujours de l'amitié et les alliés d'Ilfrido. C'était un point intéressant et Peddyr tiendrait à respecter cela. Quand à l'alliance qu'elle possédait encore avec Vinche, ce n'était pas anodin à prendre en compte, vu que le vieux mercenaire avait déjà rencontré la Duchesse de Vinche.

Maintenant qu'ils étaient tous les deux assis, ils allaient pouvoir causer de choses plus sérieuses. Peddyr savait qu'il avait son séant sur un sac de poudre noire. C'était là une situation bien ironique, comme pour marquer qu'il était encore sur le fil du rasoir avec sa situation actuelle, se retrouvant pris entre deux existences et avec un choix qu'il avait pris et qui n'était pas à prendre à la légère. Il ne manqua pas de sourire à son tour quand à l'ironie des paroles de la pirate.

''Tu pourrais devenir une Duchesse à part entière... Tu as des terres, la loyauté de tes hommes et de ton peuple, tu as une histoire et tu as une trempe que peu possèdent à mon sens. Mais c'est une autre histoire... Je confirme que ma situation ne serait même pas assez épique pour être narrer par des barbes. Mais pourtant, elle est réelle. Il y a eu dans l'Histoire des trames tout aussi bonnes pour de mauvais contes elfiques. Et je sais qu'on ne me prendra pas au sérieux. C'est pour cela que je ne fonce pas tête baissée en criant à tue tête ce que j'envisage de revendiquer...''

Ce serait un suicide direct.

''Je n'envisage pas que de récupérer les terres qui sont miennes. Je ne doute pas que je dois avoir des ennems malgré le temps passé. Ce ne sera qu'une question de temps avant que les souvenirs me reviennent. Je suis effectivement un soldat depuis de nombreuses années, avec une réputation qui n'est plus à faire.... et je ne crois pas que je réitérerais le cas de la baignoire. ''

Ca, c'était pour montrer qu'il avait saisi l'humeur glaciale de la vampire. Il en souriait lui-même. Si Ilfrido était demeuré prudent.... Mais on ne refaisait pas le passé.

''Je devais exécuter un "nettoyage" de zombies dans une vieille mine d'argent avec une troupe impériale. Au fond de cette mine se trouvait ce qui avait été un mausolée. Un mort vivant était là à guetter la venue d'un homme qui serait digne de prendre la rapière. Je ne savais même pas qu'elle était là. Après quelques épreuves, j'ai pu la saisir et c'est comme si la lame avait été doté d'une volonté propre....Cela parait sortir aussi d'un conte elfique n'est ce pas ? En tout cas, tu as raison quand tu disais que je ne pourrais rester bien au chaud chez moi... Bien avant de "mourir'', je commençais à emprunter une voie participative à une possible réunification des Duchés. C'est une des raisons pour laquelle on a tenté de me tuer. Ma loyauté indéfectible était dangereuse. Et aujourd'hui... je souhaite voir cette réunification se faire, comme Ilfrido a tenté de le faire. Il avait un rêve et ce rêve est possible. C'est pour cela que j'ai besoin de connaître la situation actuelle des Duchés, et qui sait.... trouver main forte auprès de toi et de la Duchesse de Vinche....''
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MessageSujet: Re: Quelque part, sur une plage isolée... Mer 11 Juil - 9:13
Valerya écouta le récit de la découverte de la rapière les bras croisés, l’air faussement nonchalant. Son regard pénétrant était rivé sur le visage du vieux mercenaire comme si elle cherchait à déceler toute trace de mensonge.

« ça ressemble tout à fait au genre de piège conçu par Ilfrido et ses amis pour tester les prétendants. Noblesse, courage et tout le toutim. Au moins cette épée n’a pas servi à de noirs desseins et elle est restée cachée pendant des années. »
La duchesse semblait étrangement satisfaite, comme si le sort de l’arme lui importait réellement.

« Je suis une duchesse à part entière, je me suis installée dans mon archipel et personne n’a rien objecté quand j’en ai revendiqué la propriété. Cependant aucun de mes pairs ne m’a reconnue officiellement. Ils ont sûrement eu peur de perdre leur réputation. Il faut dire que Teider m’a aidé pendant ma déclaration d’indépendance; nous étions en pleine guerre et les continentaux étaient bien contents que mes navires les ravitaillent. »
Un bras de mer séparait son duché de ses voisins. C’était suffisant pour que les Espéranziens développent un certain esprit communautaire grâce à cette insularité. Duchéens, ils l’étaient. Mais ils se sentaient différents, à l’écart des autres et de leurs régimes ploutocrates. Le ramassis de rebelles, filous et autres expatriés revendiquait crânement ses origines misérables face aux duchéens du continent orzanien.

« Donc si je comprends bien, tu comptes utiliser les forces conjointes de Vinche et Esperanza pour… Pour quoi, si ce n’est pas pour retrouver ton fief ? Pour une alliance éphémère ? Aucun duc ne veut s’allier durablement à son voisin, moi en premier. A mon avis c’est une utopie qu’Ilfrido a malheureusement payé de sa vie. Il y a cru… Nous y avons cru… Renverser tous les nobles et bourgeois corrompus, pourris jusqu’à la moelle, leur faire avaler leur suffisance pour créer un monde meilleur. »
La duchesse secoua la tête et eut un sourire amer. « Les premiers ont offert une certaine résistance, c’était… Récréatif. Puis les autres ducs se sont prosternés de peur devant le Conquérant ; ils ont ouvert les portes de leurs villes contre leur vie, c’est dire du peu de cas qu’ils faisaient de l’existence de leurs sujets que nous aurions pu massacrer. Les pauvres étaient terrifiés par la soldatesque et les pirates. Ils faisaient pitié. Naturellement nous ne les avons pas volés. Ce sont les palais que nous avons saccagé. Les nobles ont eu la vie sauve, ils ont joué les parfaits petits sujets jusqu’au jour où l’un d’entre eux a tué Ilfrido. Non, je ne veux pas m’associer à nouveau à ce genre de type qui te sourit pour mieux te poignarder dans le dos. »

Valerya était écœurée par ce jeu de dupes. Et plus les siècles passaient, moins elle supportait cette hypocrisie. C’était peut-être pour cela qu’elle vivait retranchée sur son archipel et qu’elle avait noué très peu de relations avec les autres duchés. Beaucoup la trouvaient paranoïaque sur les bords, mais elle était devenue méfiante à force de perdre des amis sous les coups d’assassins.

« De toute façon que tu veuilles récupérer ton domaine ou pas, ceux qui t’ont remplacé se souviendront que tu as des prétentions sur ton ancien duché et te traqueront comme un chien galeux. Si tu ne réclames pas tes terres n’importe lequel de tes descendants pourra les revendiquer. Alors autant supprimer le problème…  »
Valerya eut un geste désinvolte de sa main gantée. Tuer était une vétille pour certains nobles. « Ne pas reprendre ce qui te revient de droit te prive aussi d’un renfort de troupe appréciable. Les mercenaires se vendent au plus offrants et sont versatiles. Les soldats vivant sur tes terres beaucoup moins. Mais si tu es décidé à rester libre tu peux créer une compagnie de mercenaires et convaincre d’autres capitaines à te suivre. Mais il va te falloir une bonne dose de muscles et de diplomatie. »
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